jeudi 27 octobre 2016

Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique -- lecture ligne à ligne et annotée de l'adresse des évêques de France




«  Le conseil permanent de la conférence des évêques de France aux habitants de notre pays »
14 Octobre 2016 – Bayard éditions . Mame . les éditions du Cerf – 4 euros
93 pages . format d’une main .
pp. 79 à 90 = texte du 20 Juin 2016 « 2017 année électorale, quelques éléments de réflexion »
pp. 75 à 78 = questionnaire « quelques pistes pour échanger à partir du texte … »
pp. 11à 71 = corps même du texte

coincidence ou organisation : remarquable communication pour le « lancement ». La coincidence, le jeudi 13 Octobre, avec le premier débat télévisé pour la primaire de la droite et du centre, l’annonce-commentaire par le président de la conférence, Mgr. Georges Pontier accordant un entretien à Cécile Chambraud, pour le quotidien le plus influent de France (Le Monde pp. 8 & 9) lequel en supplément économique évalue la nouvelle Première ministre britannique, et en pages littéraires, présente le journal intime, édité posthume de Witold Gombrowicz – on ne peut faire mieux. Alain Juppé, l’un des sept candidats, évoque pendant le débat, mais sans que ce soit relevé, le document. François Fillon publie sa réponse le 25 dans la Croix (énoncé de ce qu’il croit des convergences), et Marine Le Pen, dès le15 avait dénié toute compétence à l’épiscopat en matière politique.

malheureusement – premier tirage épuisé dès le 20 … et – au moins pour le paroissien du sud-est du Morbihan – pas d’annonce en homélie ou en prône

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lecture ligne à ligne – annotée . commentée

une entrée dans le texte, le soir du mercredi 19 octobre, me montre aussitôt que le ton et la posture sont sans précédent dans le magistère des évêques depuis cinquante ans : ils se situent en citoyens et mettent leur expérience de l’homme et du  dialogue, expérience dont la source est dite, au service du pays. Ils prennent la parole par défaut, et posent un diagnostic et appellent à la réflexion de fond et à l’engagement, comme aucune formation politique ne sait actuellement le faire. Cette prise de parole est motivée également par l’état alarmant de notre pays, au plan plus spirituel, mental que matériel ou social. J’avais ainsi lu les vingt premières pages, mais ayant prêté mon exemplaire à mon cousin Jean-François R. 75 ans, un des fondateurs de la psychologie cognitive en France, et à sa femme Arlette, je n’avais pu aussitôt poursuivre ma lecture. – Je la reprends à son début.

en italique, les remarques BFF – en caractères droits ce qui est emprunté au textece qui est souligné l’est dans la présentation du texte

page 11
nous aimons notre pays… nous sommes préoccupés par sa situation… débat que notre pays se doit d’avoir … nous ne sommes pas des spécialistes, mais nous partageons la vie de nos concitoyens
la posture est toute nouvelle, quelques-uns parmi d’autres …

titre général
habitants de notre pays
pas seulement les Français, les Gaulois : légitimation s’il en fallait, du droit du sol
dans un monde qui change
je ne crois pas que le monde change, ce sont les apparences, les énoncés qui chgangent à chaque époque, c’est la manière des hommes de saisir leur époque qui change à chaque génération – les faits et principaux paramètres ont leurs précédents et leurs analogie dans notre passé national et dans l’histoire de notre civilisation indo-européenne

page 12
sourds ou aveugles… indifférents et insensibles… charge terrible des dirigeants et « responsables » en toutes matières
beaucoup sur le territoire national … cette appellation désignent une responsabilité de tous et dénie aux « nationaux » l’exclusivité de la possession ou de la jouissance du pays – les mots France ou Français ne sont pas employés : il s’agit de l’homme tout court sans qualificatif ni précision
lassitude… frustrations… peurs

page 13
incertitude dans la société… la morosité ambiante… c’est du de Gaulle :

du mal à se retrouver sur une vision partagée de l’avenir et ainsi imaginer son futur… contribuer à une prise de conscience
c’est l’énoncé et du diagnostic et du remède – tendant tout le propos

novation dans la posture, ce n’est ni l’Eglise, ni le magistère, ni l’épiscopat qui interviennent en tant que tels, mais les catholiques, citoyens à part entière, qui vivent aussi… ne peuvent se désintéresser…

page 14
le remède par la caractérisation de l’homme, personne et société : l’espérance chrétienne n’est donc pas seulement individuelle, elle est aussi collective

pages 14-15
rappel des précédentes prises de parole : celle de 1972 très marquante
continuité des libellés et du fond : la vie en société et la recherche du bien commun

page 15
acceptation explicite des notions traditionnelles et fondamentales de Nation, Patrie, République comme ce qui fonde la vie en société 

pages 16-17
l’ambition du texte n’est pas un diagnostic sur la France ou un bilan des lacunes ou dérives
c’est à une réflexion plus fondamentale sur le politique en lui-même qu’il nous semble urgent d’inviter – ce ne sont pas les évêques qui feront à la place des fidèles, du peuple, de tous, ce travail sur nous-mêmes
c’est à un travail de refondation auquel il nous faut, ensemble, nous atteler

page 19
la crise de la politique est d’abord une crise de confiance envers ceux qui sont chargés de veiller au bien commun et à l’intérêt général
la charge est totale, précise, bienvenue
des ambitions personnelles démesurées, des manœuvres et calculs électoraux des paroles non tenues, le sentiment d’un personnel politique coupé des réalités, l’absence de projet ou de vision à long terme, des comportements partisans et démagogiques… sont injustifiables et sont devenus insupportables

p. 20
des figures éminentes et discrètes comme Robert Schuman, Edmond Michelet…
acceptons ces noms qui sont ceux de futurs béatifiés ou saints : ils ne sont d’ailleurs pas discutés
toute la noblesse du service politique
l’expression est juste, évidente et – pourtant – elle sonne comme neuve : c’est bien dit
soutenir ceux qui sont prêts à s’engager dans cet esprit
dans un passé récent, une partie de la hiérarchie a pu paraître soutenir des initiatives de formulation ou de comportement très différentes : vg. « la manif pour tous »

p. 21
distinction opérante du politique relativement à la politique
juste définition de l’objet des élections, pas tant les personnes que  le politique, la recherche du bien commun et de l’intérêt général, qui doit trouver son fondement dans un véritable débat sur des valeurs et des orientations partagées – le mot démocratie n’est pas ici appelé, le point important est le partage

p. 23
juste évocation, juste remarque
ces moments de communion intenses marquent nos concitoyens et l’histoire de notre pays. Certes, on peut se demander ce qu’il en reste quelque temps après
c’est la faute majeure du quinquennat en cours que de n’avoir pas saisi ces moments pour former un gouvernement d’union nationale, de consensus national – ouverts à tous les mouvements politiques, y compris le Front national – et privilégiant les personnalités d’autorité morale notoire plutôt que des dosages et des proportionnalités, sans exclusion de non-élus et de non-habitués à la geste politique … 2015, donc et François Hollande
la même opportunité s’est présentée presqu’au début du quinquennat précédent quand le président d’alors sut, dans un discours prononcé à Toulon, très bien caractériser la crise économique mondiale et financière que celle des « subprimes » américaines mettait en évidence … 2008, donc et Nicolas Sarkozy
sans doute aussi à la suite de l’élection présidentielle de 2002, montrant un Front national n’augmentant d’une voix son score du premier au second tour de scrutin : un gouvernement d’union nationale et républicaine reflétant la majorité de plus de 80% qui s’était porté sur le nom de Jacques Chirac, alors que ce dernier de 1981 à 2002 n’a jamais dépassé 20% des suffrages exprimés au premier tour… 2002, donc et Jacques Chirac

p. 24
oui, les Français (première fois que le texte les nomme ainsi, et significativement parce qu’il s’agit d’union-communion) veulent dire clairement leur besoin de se retrouver et d’être unis malgré tout
l’erreur de plus en plus manifeste de nos processus électoraux et maintenant des primaires de chaque « côté » : ils ne font ressortir que les rivalités personnelles et les divergences de pensées et d’idées, même à l’intérieur d’une « famille politique »
cette société en tension – la faute aux habitants de notre pays ? ou aux médias ? et aux personnels dirigeants ?

p. 25
on ne peut sans cesse jouer sur la com’ et l’audience  - cela pour les dirigeants
chacun doit pouvoir s’interroger sur l’incidence de ces nouvelles technologies sur son degré de liberté et sa capacité de jugement personnel
c’est un peu bref
les moins de quarante ans et à plus forte raison les futurs électeurs des années 2020 et ensuite, sont nés dans ces nouvelles technologies : elles ne sont nouvelles que pour les plus de cinquante ans
j’ai deux expériences – la mienne, curieux de tout, aimant l’encyclopédisme, je suis comblé par les sites documentaires, évidemment wikipédia, par les sites d’institutions (celui du Vatican alors que celui de l’Elysée est lamentable) et par les « moteurs de recherche » fournissant si vite l’énumération de tous les traitements existants pour un sujet qu’on se donne ou qui est apparu – celle que nous donne notre fille : 12 ans moins un mois. Elle n’utilise ces technologies que de façon personnelle : créativité, jeux et déjà un peu de traitement de texte. Quand je dis jeux, ce ne sont pas des jeux proposés, mais comment elle joue, généralement à plusieurs amies ou camarades, grâce à ces technologies
j’ai tendance à penser que ces technologies aident au contraire au jugement personnel, parce qu’elles le documentent à la demande de celui qui veut « se faire une opinion »
ainsi la variété, chez nous, des opinions se disant chrétiennes ou des groupuscules surtout d’extrême droite : sans la toile, je ne les connaîtrais pas

page 27
un pays qui ne cesse de produire des normes et des règlements supplémentaires
plusieurs remarques
- cette production a sa limite matérielle : les processus d’élaboration et de publication. A vérifier aujourd’hui, mais jusqu’il y a peu, et depuis la Libération, l’ensemble des textes paraissant au Journal officiel étant numéroté, on voit que l’on ne dépasse jamais 1.500 à 1.600 textes. Certes, quelques-uns tournent à des catalogues énormes, vg. les lois Macron
- une moitié ou presque des textes en aplication chez nous est la transposition de textes européens, ce à quoi nous obligent les traités
- la question est un peu différente, les praticiens du droit ne suivent plus (a fortiori, le citoyen « lambda) et les textes sont beaucoup moins bien préparés, rédigés qu’avant

page 28
oui, juste observaiton : précipitation… contexte de l’émotion qui va jusqu’à l’improvisation d’un président sans culture juridique, vg. la déchéance de nationalité fondée sur la double nationalité – les « lois-affiches » dénoncées par Jean-Louis Debré quand il présidait le
Conseil constitutionnel
contestation importante et valable sur la plupart des sujets, traités en droit : la logique exclusive du contrat qui prévoit tout = dérive anglo-saxonne – le droit est coûtumier ou interpersonnel, il n’est pas édifié erga omnes et dans la généralité, il n’est pas débattu en Parlement mais en juridiction (souvent à juge unique)… c’était l’enjeu de l’article 2 de la loi Travail : quelle est l’origine d’une norme ?

page 29
pas original mais juste
tout le monde s’accorde à dire que notre pays a un besoin très gtrand de réforme, mais tout projet en ce sens est a priori disqualifié. C’est toujours l’autre qui doit faire l’effort en premier
le texte qui se relâchait et qui risquait de ne plus conserver son lecteur revient à une remarque décisive : l’autorité de l’Etat se disqualifie peu à peu, et beaucoup de gens ont le sentiment de n’avoir plus prise sur le cours des événements – il serait plus approprié d’écrire : plus prise sur les décisions les concernant (la participation, les analyses du général de Gaulle dans ses dernières années)
à noter : la mention de l’Etat en tant que tel vient à propos de sa crédibilité, et non pas comme organe de contrainte
nœud du sujet, mais pas très bien dit = le potentiel de dynamisme et de solidarité patine, sans arriver à trouver le point d’appui, l’élément catalyseur qui lui permettra de se développer et de porter tous ses fruits
cet élément peut être les circonstances : vg les attentats et a contrario l’accueil des migrants, mais il lui faut aussi une personnalité ou un groupe caractérisant cet élément, et enfaisant prendre conscience, au grand nombre à la nation. Cas d’école : l’appel du 18 Juin, l’allocution du 22 Avril 1961brisant le pustch d’Alger, le bref discours du 30 Mai 1968 rompant la sorte d’enchantement qui liait tous les esprits et beaucoup de comportements en Mai 68 ; chque fois, la force du texte a été d’appeler cette catalyse et en même temps de la constater comme latente, déjà comme point d’appui – en réalité, l’institution présidentielle n’est pas un organe de gouvernement, mais l’organe essentiel de ces catalyses et prises de conscience – merci aux rédacteurs, Messeigneurs, de mener à cette constatation et à la définition latente, mais méconnue, du rôle, chez nous, du président de la République

p. 30
le contrat social, le contrat républicain permettant de vivre ensemble sur le sol du territoire national ne semble donc plus aller de soi
formulation et même pensée très nouvelles : l’Eglise de France s’approprie aussi ou enfin des éléments essentiels du vocabulaire que longtemps elle récusait, et la droite (maurrassienne) aussi
esquisse d’une dialectique qui se proposerait : la définition permet-elle de réassembler ?

p. 31
les conditions de vie en société ne correspondent plus à ce que les individus espéraient
Implicitement, quelque chose de très neuf : 1° le droit à l’espérance, 2° le droit à ce que cette espérance se réalise – c’est évidemment la posture chrétienne, de tout croyant, la foi pérennise et consacre, motive l’espérance
Une insécurité sociétale chez les Français qui redoutent, plus que tous les autres européens (il manque la majuscule), de subir un déclassement dans leur niveau de vie.
Observation à élargir : la thèse ou le fantasme du « remplacement », la crainte en fait d’une sorte d’expropriation à tous les égards. En prolongeant, on peut dire : la sensation, le constat de n’être plus en état de défendre son propre acquis

p. 32
très bien et vécu : la disparition dans les villages des services de proximité, épicerie, bureau de poste, médecin, curé…
oui : une majorité de Français a le sentiment de vivre dans une société de plus en plus injuste… le salaire indécent de certains grands patrons… qui se comprendrait certainement si cela rémunérait des services et des performances d’éclat. Au contraire, les plus fortes rémunérations sont le plus souvent celles de patron liquidant le groupe et son savoir-faire – que l’Etat, notamment pendant le quinquennat actuel, n’ait pas su ni pu empêcher cette dilapidation du patrimoine industriel et intellectuel du pays
le texte, sans le faire comprendre explicitement (et c’est tant mieux), distingue de fait les Français des autres habitants du pays qui ne le sont pas : les exogènes ou les nouveaux-venus qui peuvent se satisfaire de bien moins que le Français ancestral, la considération et la sécurité sociale leur suffisent en général, du moins à la première génération, puisqu’ensuite ils seront devenus Français…

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banal mais vrai – il eût sans doute fallu une pensée plus acérée et vive : le chômage… la situation mondiale
sans doute parce que le clergé, presque par construction, ne vit pas en propre le chômage, et que – malheureusement – il est, sauf exceptions, peu formé à l’analyse des situations et conflits internationaux. Sans doute, des expériences et des initiatives : l’Irak, le cardinal Barbarin, la solidarité avec Haïti, et surtout le concours du clergé des pays d’Afrique d’expression française à épaulerles desservants de paroisses de plus en plus étendues et de moins en moins dotées
la plaie, l’horreur du chômage n’est pas la précarité financière, voire le dénuement, mais le déni de valeur, de dignité frappant les chômeurs – le salariat n’est plus la donnée motrice d’une entreprise, la masse salariale est (terme affreux) « la variable d’ajustement ». L’injure de proposer à des quaadragénaires, à des quinquagénaires des formations préalables à la recherche de leur réemploi, comme s’ils ne savaient donc rien faire…
le chômage des jeunes, la difficulté d’entrer « sur le marché du travail »
l’allongement de la durée légale du travail pour jouir d’une retraite à taux plein tandi que l’on obtient un emploi de plus en plus tard et qu’on en est expulsé de plus en plus tôt. Quarante ou cinquante annuités légales, au regard d’une durée effective à l’emploi : vingt ou vingt-cinq ans…

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ce que constate trop rapidement le texte
l’idée de service civique contribue à…
je le voudrais obligatoire, universel donc, garçons et filles, oeuvrant pour l’esprit et la capacité de défense militaire du pays et de l’Europe dans une première période, et appliqué dans une seconde à des tâches d’intérêt général, notamment en coopération internationale (avec le vivant exemple dans des pays dits en voie de développement mais le plus souvent en dictature, de ce que seraient de jeunes Français, Européens, nativement démocrates et exigeants) – évidemment, brassage européen tant pour la partie militaire que pour la suite civique
pas exempter les acteurs sociaux de leur responsabilité à l’égard des jeunes générations

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synthèse très bien venue
parmi les catégories de ceux qui ont du mal à se sentir partie prenante au contrat social, il y a évidemment les personnes d’origine étrangère, en France depuis peu ou depuis plusieurs années, qui n’arrivent à trouver leur place.
les valeurs républicaines de « liberté, égalité, fraternité », souvent brandies de manière incantatoire, semblent sonner creux pour beaucoup de nos contemporains sur le sol national.

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habileté de la rédaction, on fait attendre des propositions, mais celles-ci ne viendront qu’une fois présentées et débattues les questions difficiles
la différence culturelle…pouvant aller jusqu’au rejet de l’autre différent
oui, même si c’est un peu sommaire et rétrospectif : la France a eu longtemps une conception assez précise de ce qu’est l’identité nationale qui supposait de façonner un citoyen français dans le creuset républicain où il s’appropriait l’idée d’un pays avec des références historiques et culturelles partagées. Cette idée d’une Nation homogène… r
la suite du texte va sans doute approfondir et nunancer, mais les nouveaux arrivants adoptent, au fond, la France et leur prétention est de s’en approprier cette structure mentale, de la mettre à l’épreuve selon sa capacité à accueillir, et ils ne prétendent qu’à peu : le droit que s’ajoute à l’acquis constitutif national, leurs propres apports, historiques, linguistiques, génétiques – d’autant que souvent ils ont fait partie aux générations précédentes de nos empires coloniaux, et que ces apports en fait correspondent à ce que nous-mêmes avions constaté ou découvert chez eux, sur place – c’est manifeste dans la langue, le « beur » enrichit nos vocabulaires, diversifie nos prononciations mais s’approprie notre grammaire (la vraie structure d’une langue), la conserve absolument

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l’idée même d’un récit national unifiant est largement contestée et remise en cause
cet énoncé manque d’expérience vécue et d’une réflexion sur la transmission inter-générationnelle, actuellement
les jeunes générations, d’ascencance française et nationale séculaire ou multiséculaire, n’ont plus la curiosité des ancêtres : tout commence en histoire familiale à la seule fondation du couple donnant naissance à une nouvelle génération. La mémoire est refusée, le critère est l’utilité, il ne s’agit pas de rétablir artificiellement le culte du passé et des ascendants, mais de constituer solidement la conscience des acquis. L’individualisme régnant et qui sert la mondialisation, et que la vie d’entreprise, la loi Travail-même, encourage pour éliminer toute coalition ou conscience « de classe » qui changerait les « rapports de force » en cas de difficulté financière ou sociale, tend à faire croire à chacun, qu’il n’y  a d’acquis que par soi, et non par transmission et don d’un autre, d’autres
le récit national est contesté par les programmes d’enseignement secondaire : seuls des thèmes ou des séquences sont à l’étude, la chronologie, la continuité des temps, des causes et des effets n’est plus exposée ni donc admise – la dérive politique faisant que chaque parti ou candidat propose d’être l’origine de tout (alors qu’au plus les mandats opérationnelles sont de cinq ans) a – je crois – son origine dans cette amnésie
en revanche les mémoires peuvent se combiner, s’accepter et former de nouveau un tronc commun : il est aisé que la période d’empire colonial devienne bien commun et que la diversité des interprétations, et mêmes les contestations en légitimité soient les éléments d’un récit national » plus mouvementé et divers. – La même opération est évidemment à appliquer à l’histoire européenne, faite de celles de tous les peuples européens, en sorte que les fiertés de chacun, ou les désastres, crimes ou erreurs, deviendraient de tous. Je crois cela possible. La République et la Grande guerre y sont arrivées, de même que la réconciliation Eglise-Etat s’est faite par la Grande guerre et la solidarité de vie dans l’épreuve.

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lourd et pas bien écrit : il convient donc pour l’avenir de notre société de redéfinir ce que c’est d’être citoye français, et de promouvoir une manière d’être ensemble qui fasse sens (sic)
ce n’est pas d’une nouvelle définition qu’il s’agit, et aucune ne serait universellement acceptée, encore moins faiseuse de consensus – il faut au contraire affiner les constats, en produire la somme et de là viendra un énoncé, ou en tout cas la matrice d’un énoncé ayant peut-être plusieurs déclinaisons possibles – je crois assez, mais il faut approfondir, à une communauté d’adhésion, à la conscience d’une communauté de destin, et à la volonté de surmonter ensemble les difficcultés actuelles et à venir. La transposition de la définition de Renan, mais pas seulement. Une sorte de volontariat, qui fasse – notamment – des tendances à la communautarisation, qui sont autant de replis et de peurs, d’auto-claustration défensive, des forces de représentation, d’apport, de proposition

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oui, c’est vrai, notre risque et même notre vie actuels sont là : certains restent ainsi en dehors du modèle français, étrangers à une communauté de destin. D’autres vivent mal ce sentiment de perte d’identité. C’est le terreau de postures racistes réciproques.
Antidote au racaisme et à l’islamophobie que j’ai reçue, vécue – et qui milite pour ce service national, militaire et civique – mes dix-huit mois de service national en coopération : la Mauritanie nouvellement indépendante . 1965-1966

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Un large débat. Oui, mais modalités pratiques : pas la fabrication d’un consensus, mais le constat d’un consensus et de ses éléments, dont on n’avait pas encore conscience
Le monde arabo-musulman est devenu de plus en plus une source de dangers pour beaucoup de nos concitoyens (il faut écrire plus précisément : aux yeux de nos concitoyens, c’est subjectif). Cette manière de penser et de comprendre n’est pas nouvelle : l’antisémitisme avait le même mouvement : la crainte d’une domination, l’idée aussi d’un pullulement (la propagande nazie, les Juifs comme les rats arrivant de partout), de cycles de reproduction accélérée (la question du regroupement familial). Elle tient du fantasme, elle a aussi son avantage intellectuel : la cause de tout est trouvée, une cause qui exonère d’ailleurs le commun, qui n’est que victime, et victime d’un complot.
Le christianisme peut partager son expérience doublement millénaire et ; sans cesse renouvelée d’accueil et d’intégration de populations et de cultures différentes dans la naissance d’une identité qui ne nie pas les autres appartenances.
C’état vrai dans l’Eglise originelle, celle des Actes des Apôtres. Il faut reconnaître que beaucoup de chrétiens convaincus, se croyant tels et étant représentatifs pour l’incroyant oul’étranger, ont une mentalité et un discours totalement contraires : l’islamophobie recrute autant que l’intégrisme chez les catholiques pratiquants. C’est une posture intellectuelle, une vision du monde d’autant plus affirmée et moins honteuse que le « milieu » est socialement plus aisé : l’antisémitisme des années 30 en France était de même. La pastorale paroissiale n’est pas ardente à le modifier, à le changer… au moins selon mes expériences de paroisse et de famille

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constat tranquille des questionnements courants


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et je me sens frère et bien rejoint, dans mon expérience et dans ce à quoi je tiens, par ces semi-conclusions : il est très important que notre société (société et non la politique ou l’Etat ou le gouvernement : c’est bien vu et compris) s’empare de ces questions, à la fois pour percevoir ce qui a construit et forgé notre pays, mais aussi pour prendre la mesure de la richesse que des identités plurielles peuvent lui apporter en faisant émerger les liens d’unité au cœur même de cette diversité.
très heureuse expression : plus que d’armure, c’est de charpente que nos contemporains ont besoin pour vivre dans le monde d’aujourd’hui



page 43
pourquoi l’intégration n’a pu s’opérer, et comment notre société a laissé une partie de sa jeunesse se perdre dans de telles aventures mortifères et meurtrières

page 44
écriture prudente, allusive mais nécessaire – comment la transcrire en pastorale ?
dans notre société, profondément redevable à l’égard de son histoire chrétienne pour des éléments fondamentaux de son héritage, la foi chrétienne coexiste avec une grande diversitré de religions et d’attitudes spirituelles. Le danger serait d’oublier ce qui nous a construits, ou à l’inverse, de rêver à un âge d’or imaginaire ou d’asporer à une Eglise de purs et à une contre-culture située en dehors du monde, en position de surplomb et de juge.

page 47
difficile énoncé parce que cette question du sens devenue « tarte à la crème » depuis une vingtaine d’années (les « événements de Novembre-Décembre 1995 ») une sorte d’arrêt-sur-image, l’angoisse existentielle disait-on au début des années 1960, l’absurdité de tout…
mais le libellé est acceptable : veiller aux conditions d’une négociation toujours à refaire de ce qui fait tenir ensemble un pays, et permettre que nul ne soit écarté, rejeté de ce débat-là pour une raison ou pour une autre
idée en somme de pouvoir nous parler les uns aux autres, même d’une communauté à une autre, si celles-ci sont vivantes par défaut d’une communauté plus globale, plus englobante, la communauté nationale, et de se parler en tant que tel, selon nos différences et nos convictions – ne pas se les cacher et donc chercher à vraiment se connaître… ce qui est de moins en moins le cas entre religions différentes, entre milieux sociaux différents, et peut-être en provinces différentes. L’intégration ne se fait plus parce que la machine est en panne, ou parce qu’il y a trop à intégrer, en qualité et en masse ?

page 48
la politique s’est faite gestionnaire (en bonne partie parce qu’à mesure que se reconstituait une classe politique, de plus en plus éloignée, du commun et du quotidien, celle-ci a cru que « le terrain », la solution des problèmes particuliers les ferait ré-aimer – elle n’a pas considéré qu’un peuple, un pays se fait d’abord par l’idéal, que l’envie d’idéal et de beauté quelles que soient les cultures et les soi-disant niveaux d’ « éducation », d’intelligence, est au cœur de tout homme, de toute femme, de l’enfant-même), davantage pourvoyeuse et protectrice de droits individuels et personnels de plus en plus étendus, que de projets collectifs. Exactement comme dans le système colonial, la question de la légitimité de la classe ou de l’étranger envahisseur ou du dirigeant dominant, est évacué par l’argument de la bienfaisance matérielle et du « progrès social »  
et redondance page 50 : on ne fait pas vivre ensemble des individus avec de seuls discours gestionnaires, surtout quand « crise » ou incompétences ou maladresses font que les gestions sont manquées

page 49
juste mais à développer : l’ordre normatif ne vient plus d’en haut mais d’une mutualisation des liens horizontaux.
Les partis politiques ne peuvent plus revendiquer seuls l’organisation du débat et de la délibération. Ce n’est plus même une perte de l’exclusivité, c’est devenu une impuissance. Si l’épisccopat prend ainsi qu’il le fait par ce texte, c’est qu’il y a une place laissée vide
Les nouveaux forums de la vie en société. Sans doute, les « réseaux sociaux », mais ceux-ci – très utiles et légitimes pour divulguer des informations que les médias des pouvoirs publics ou de l’argent ne connaitraient pas ou tairaient (le terrain) – véhiculent surtout de la mode et relayent l’idéologie dominante ou sa condamnation sans une discussion qui ferait trouver le susbtitut ou le consensus.

pages 50 & 51
la question d’Europe, très bien énoncée : perspective et moyen – elle rejoint mon papier pour Commentaire il y a deux ans ou plus ? pour un patriotisme européen – mais il manque quelquess propositions pratiques (à vrai dire, celles que je ressasse : la démocratie interne, soit l’élection du président de l’Union ou mieux : de la Communauté européenne, retour à la terminologie fondatrice, directement par l’ensemble des citoyens européens, et ayant prérogative de convoquer le referendum dans les matières prévues par les traités, évidemment à réécrire, que le prochain Parlement soit constituant)
le texte en étant résolument « pro-européen » de la même façon qu’il est intégrationniste selon le droit du sol, sait bien qu’il va à l’encontre de beaucoup de discours ambiants.
Pour un tel chantier, il nous faudra de vrais européens, politiquement courageux et créatifs, qui ne privilégient ni n’opposent la scène nationale à celle européenne. Nous sommes convaincus qu’il ne peut y avoir d’avenir pour notre pays que dans une Europe forte et consciente de son histoire et de ses responsabilités dans le monde

page 52
la seule question qui mérite d’être posée n’est-elle pas : qu’est-ce qui fait qu’une vie mérite d’être donnée aujourd’hui ? pour quoi suis-je prêt à donner ma vie aujourd’hui ? La réponse est sans doute très personnelle et intime, mais elle dit quelque chose d’une vie avec les autres et des valeurs qui animent une société.
 Oui
Il peut y avoir aussi une crainte légitime de s’engager seul, et l’on peut aussi penser qu’on ne peut rien changer
remarques très vécues, dont la vie spirituelle donne souvent l’expérience, parfois jusqu’à la douleur : la vocation, ma vocation, quelle est-elle ? comment y répondre ? et soutenu par quelles forces ?A quoi suis-je bon ? est assez équivalent à : que puis-je, que dois-je donc faire ? le mot et le concept de discernement affleurent ce moment du texte

page 55
travail du Jésuite, Michel de Certeau sur la parole après Mai 68
il n’y a pas de projet durable qu’élaboré dans un raapport de dialogue. La politique ests dinc un lieu essentiel de l’exercice de la parole
nous vivons la contre-épreuve dans le quinquennat actuel, la parole présidentielle n’est que justification de gestions (le maléfice du précédent a été de « mithridatiser » les Français en reprenant, avec la légimité de la fonction présudentielle les thèmes et les réactions du Front national – la somme des deux quinquennat produit une déformation substantielle de l’esprit public et de l’exercice du politique)

page 57
tout semble discutable et à discuter. Toutes les positions veulent se voir écoutées, respectés, comme légitimes, à égalité. L’une des difficultés est d’arriver à parler et à être entendu dans une démocratie d’opinion dans laquelle tout – même l’anthropologie – est soumis au vote.
Cette vue est pessimiste et contestable. Elle suppose que la démocratie est égalitaire, et qu’elle a comme protagonistes ou participants : les idées. Je la crois au contraire du domaine du faire : que fait-on ensemble ? pratiquement ? et je crois aussi qu’en approfondissant, tout en ayant comme règle commune : il y a quelque chose à faire, les points communs, des strates entières de la constitution de chacun, individus, communautés, apparaissent et elles sont communes, pas analogues, mais communes, susceptible de se reconnaître l’une l’autre et d’être appropriées mutuellement. L’art du grand politique est de discerner ces strates et ces points communs : le de Gaulle de la France libre, ce qui crée une mutualité entre le dirigeant et ceux dont il répond selon leur consentement et leur aspiration-mêmes [1]

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le politique va être sans cesse appelé à gérer des équilibres provisoiees entre différents intérêts … le compromis… comme une solution insatisfaisante
non, c’est réducteur – il y a l’arbitrage (définition du rôle du président de la République selon l’article 5 de la Constitution) qui n’est pas gestion

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quoique ne le disant pas, les auteurs du texte, depuis plusieurs pages, ont présentes à l’esprit l’exigence ou la pétition chrétiennes en matière de respect de la vie – c’est certainement cela qui a faussé l’image de l’Eglise, au moins en France, les questions d’avortement, de contrôle des naissances dès les années 1960, puis aujourd’hui de la bio-éthique et de tous les degrés de manipulation que permettent les avancées technologiques et de la recherche.
Or, il est d’expérience – c’est au moins la mienne – que même la transgression d’une loi si naturelle qu’elle apparaît bien d’inspiration du Créateur, n’est commise qu’avec la conscience de ne pas bien faire, et plus encore de manquer de confiance en ce divin Créateur. C’est sur cette conscience que ne peut avouer celui qui transgresse (dans la douleur et le doute), que doit s’appuyer le discernement du point commun qui – dans l’espèce française – peut aboutir à une législation de vérité et pas de compromis ni de rapport de forces ou de dictée par l’ambiance.
S’il faut parfois donner un témoignage de fermeté, que celle-ci ne devienne jamais raideur et blocage

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le texte perd un peu de fil conducteur, ou alors est-ce simplement le traitement en succession des questions difficiles – donc le religieux
il est très difficile dans l’espace public de parler paisiblement de religion… certains ont du mal à considérer que le religieux ait quelque chose de positif à apporter à la vie en société
c’est bien ce qui fait point commun entre la perception de l’Islam chez les catholiques (plus que chez les protestants) et la perception du catholicisme par les incroyants (et souvent les protestants) : toutes deux également négatives
que la religion soit un élément qu’on ne eut négliger pour la bonne santé du corps social
habile contrepoint à « la religion opium du peuple » des marxistes mais appel à une certaine connivence des musulmans de France, beaucoup plus convaincus que les Français d’origine depuis la Révolution et les Lumières, de l’utilié sociale d’une structuration de chacun par la religion

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l’évaluation de la laïcité par l’Eglise de France ne s’écrit pas ici selon elle mais selon qu’elle peut être utile aujourd’hui pour résoudre nos problèmes contemporains – retour des évêques, à la posture de départ : citoyenne

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excellente définition limitative de la laïcité, acceptable par toutes les religions et pratiques cultuelles, notamment l’Islam, et évitant tout particularisme – car initialement il ne s’agissait bien que de l’Eglise et non des religions et confessions
il serait intéressant que soient publiés les débats parlementaires sous le petit père Combes et animés par Briand, qui ont abouti à la loi de 1905 – ce serait encore plus utile que l’a été il y a quinze ans la publication des débats amenant la loi de 1901 régissant les associations et dont Waldeck-Rousseau fut le très remarquable organisateur
La laïcité de l’Etat est un cadre juridique qui doit permettre à tous, croyants de toutes religions et non-croyants, de vivre ensemble
Il n’ y a donc pas lieu à un statut spécial par religion, et notamment pour l’Islam en France
Elle ne doit pas dépasser son objectif en voulant faire de la laïcité un projet de société, qui envisagerait une sorte de neutralisation religieuse religieuse de cette société, en expulsant le religieux de la sphère publique vers le seul domaine privé où il devrait rester caché. Cette conception est néfaste pour la société. Elle ne respecte pas les personnes et engendre des frustrations qui vont conforter le communautarisme.
Cette réflexion est très importante car elle pose que le religieux, étant naturel en l’homme, est un élément constitutif de la société – ce qui ne peut que rencontrer les musulmans – et qu’en conséquence chaque fidèle, en tant même que fidèle à sa religion propre, choisie ou native, contribue par sa pratique et sa fidélité à la cohésion sociale et au mieux-être national
L’épiscopat français assume par là le rôle décisif de cautionner l’Islam en le reconnaissant comme analogue, socialement, à l’Eglise et également contributeur de la refondation nationale

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l’Eglise ayant elle-même démontré que d’une crise peut surgir une conscience nouvelle : celle de ressources jusques-là peu appelée, en fait une application au politique en France

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l’originalité de cette prise de parole : l’engagement
Cela ne tombera pas du ciel ou par l’arrivée au pouvoir d’une personnalité providentielle. C’est le travail et la responsabilité de tous… c’est à un changement d’attitudes et de mode de pensée qu’il faut nous rendre disponibles.
Partout fleurissent des initiatives citoyennes, des désirs de parole… elles sont parfois maladroites, inexpérimentéess, instruentalisées, mais elles manifestent toutes un désir de vivre et d’écoutées.

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Les enjeux écologiques et environnementaux sont en train de transformer en profondeur nos conceptions de la vie en société, et nous tournent vers des attitudes de simplicité, de sobrieté et de partage
Effectivement, le choix de son nom de règne, celui de François, avait pu signifier de la part du pape un vœu de pauvreté pour lui-même et pour l’Eglise universelle. En fait et jusqu’à présent, il manifeste une autre référence : la louange et le respect de la  Création
Le texte aurait pu critiquer les conceptions valant souci écologique depuis trente ans : nous en restons partout à une conception et à une pratique très anthropocentrique et faisant peu ou pas cas de la solidarité de tout le vivant, du tout de la Création, objet de la Rédemption, pas seulement l’homme isolé (conclusion de l’évangile de Marc)

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banalement dit et sans force : il nous faut, à tous les niveaux, que nous reprenions le temps de la parole et de l’écoute pour éviter que le dernier mot ne reste à la violence
la violence : guère traitée
un terme et même une nécessité, pas évoqués et que ne donnent pas : parole et écoute. L’empathie, l’a priori vers l’autre, et même – substantiellement et chronologiquement – l’écoute avant la parole

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la dénonciation de la « déclinologie » n’est ni vigoureuse ni originale
il y a de la tristesse dans notre pays aujourd’hui. Tristesse de se voir ainsi, et de ne pas arriver à se rasasembler pour l’élan dont il est capable, alors même que les épreuves et les incertitudes demandent que nous nous retrouvions
rédaction qui donne à remarquer que nos évêques, ou du moins les auteurs de l’adresse, n’attendent pas des politiques, des personnels politiques actuels, encore moins du gouvernement, les solutions et l’élan qu’ils souhaitent – c’est une société, un pays qui vont se sauver indépendamment d’institutions et de processus politiques, occupant pourtant l’actualité

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chacun, à son niveau, est responsable de la vie et de l’avenir de notre société. Cela demandera toujours courage et audace. Des qualités qui n’ont jamais déserté le cœur de notre pays
Au fond, les citoyens, particulièrement conviés par les catholiques à l’appel de leurs évêques en France, ont à imaginer par eux-mêmes et avec tous leurs concitoyens, tous les habitants du pays, ce qu’il faut faire et comment nous devons être
Les personnels politiques, « la classe politique », les institutions, les élections sont hors sujet parce qu’à l’expérience : l’état actuel du pays en son âme, tel que décrit et constaté, n’ont pas su, ces derniers temps, répondre aux attentes et aux circonstances, remplir positivement leur rôle nominal.
Terrible et calme condamnation : implicite.
Elle peut évoquer le titre d’un des volumes d’articles de Maurras pendant la Grande guerre : la France se sauve elle-même
Mais plus encore que ces personnels et nos institutions qu’ils n’ont pas su animer, la condamnation porte sur les idoles actuelles : nous pensons que les vraies solutions auxx problèmes profonds de notre époque ne viendront pas d’abord de l’économie et de la finance si importantes soient-elles, ni des postures et gesticulations de quelques-uns
Personnalité providentielle, gesticulations : la démocratie naît du secret des âmes et non de l’élection ou de la désignation de quelques-uns
Elles viendront de cette écoute personnelle et collective des besoins profonds de l’homme. Et de l’engagement de tous.

Très offensif et pouvant même paraître injuste aux praticiens de la politique, le texte est pourtant retenu dans la forme. Ceux qui l’ont précédé depuis près de quarante-cinq ans étaient un art de se conduire en citoyens ou en politiques, selon des règles que l’Eglise ne regrettait pas de ne pas avoir posées, elle-même. Cette fois-ci, elle prend acte de ce que ses conseils n’ont pas porté, et surtout de ce que le mal est de plus en profond. Le changement ne viendra donc pas du haut et du hiérarchique, mais des âmes

L’invitation du 20 Juin dernier ne faisait pas attendre à ce point la péremption des systèmes et pratiques politique. Elle s’inscrivait encore dans cette sphère-là : elle justifiait la pratique démocratique en tant que moyen page 79, mais elle stigmatisait déjà le jeu médiatique .page 80 et n’admettait pas que l’économie soit le seul facteur de construction de la qualité de la vie humaine, personnelle et collective page 81. Elle appelait cependant à un pacte éducatif page 82 que n’a pas précisé l’adresse présente, et elle croyait encore que des projets soumis au vote des citoyens peuvent faire que l’Etat gère positivement la tension entre un libéralisme snas contrôle et la sauvegarde des mécanismes de protection sociale page 85. L’évocation de la famille, de l’Europe était rituelle. Il semble que l’été et le chaos dans lequel se joue la future élection présidentielle, aient incité la Conférence à dépasser de beaucoup l’étude des améliorations possible de la vie et des comportements politiques dans notre pays. C’est bien d’un appel au peuple qu’il s’agit : investir toutes nos capacités… cela s’appelle l’espérance page 90. Du moins était déjà reéré, ce qui est le nerf de ce appel : la seule recherche de solutions économiques est vouée à l’échec si rien n’est entrepris pour la promotion culturelle, promotion d’une culture enracinée, qui dsonne ou redonne le sens d’une vie collective nationale. Intuition parfaitement juste non seulement de ce qui est nécessaire, mais plus encore de ce qui est possible : oui, la culture, et pour nous en France, une culture française enrichie par celles et ceux les plus récemment venus. C’est ce que j’ai vécu et compris en passant quelques heures dont une nuit à Saint Denis, et il m’a paru plus que symbolique et significatif que cette évidence née de la rue, des espaces publics, des rencontres en transports en commun ou en milieu scolaire, puis éducatif, je la vive dans l’aura de la tradition nationale la plus ancienne : la basilique-nécropole dédiée à l’évêque martyr qui aux premiers temps de l’Eglise de France donna son nom à cette ville et à ce département, censément à problèmes. Jean-Pierre Chevènement, proclamant que là se trouvent toutes les nationalités, sauf une (la française) n’a pas compris ce qu’est devenue, précisément, notre nationalité. En sa plus belle éclosion..


Bertrand Fessard de Foucault,
jeudi 27 octobre 2016


[1] - Cette identité de nature entre tous ceux qui se rangeaient sous la Croix de lorraine allait être, par la suite, une sorte de donnée permanente de l’entreprise. Où que ce fût et quoi qu’il arrivât, on pourrait désormais prévoir, pour ainsi dire à coup sûr, ce que penseraient et comment se conduiraient les « gaullistes ». Par exemple : l’émotion enthousiaste que je venais de rencontrer, je la retrouverais toujours, en toutes circonstances, dès lors que la foule serait là. Je dois dire qu’il allait en résulter pour moi-même une perpétuelle sujétion. Le fait d’incarner, pour mes compagnons le destin de notre cause, pour la multitude française le symbole de son espérance, pour les étrangers la figure d’une France indomptable au milieu des épreuves, allait commander mon comportement et imposer à mon personnage une attitude que je ne pourrais plus changer. Ce fut, pour moi, sans relâche, une forte tutelle intérieure en même temps qu’un joug bien lourd.
Charles de Gaulle . Mémoires de guerre tome I – édition tircolore . Plon . 1954 – p. 111



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