Lundi 8 Août 2016
01 heure 54 + Sorti tout juste de
ma sieste commencée vers… je ne sais plus. Ce documentaire,
repéré en lisant autre chose dans Le Monde. Retrouvailles
avec ma lecture quotidienne de ce journal qui m’a accompagne
tant depuis cinquante-six ans. Passé sans transition dont
j’ai eu conscience de ma quasi-enfance tellement prolongée
pendant toute ma carrière, puis aboutissant à une totale
impuissance, lors de mon vidage de 1995 et depuis. Les
événements importants alors de la suite de mon existence
n’ont pas été des actes posés par moi, mais des gestes
donnés par la Providence comme si celle-ci – Dieu – avait
pris le relais pour me faire passer, longuement et lentement
l’obstacle. Ma femme et notre fille sont, pour l’essentiel,
le décisif, ces dons de Dieu, absolument tangibles,
totalement bénéfiques, et m’enfantant, mais très lentement à
l’âge adulte. Demain va-t-il enfin commencer ? c’est ce qui
me vient à l’esprit ces heures-ci, caractérisant ce moment,
cette nuit, et peut-être me donnant le titre de « mon »
livre, pensée-titre-synthèse qui me venait déjà hier matin
en écrivant à Laetitia de V. depuis notre adieu, à la suite
de sa question, pont de l’Alma, en 1966…
Ces jours-ci, ma santé donnant
l’assaut, l’argent manquant plus que jamais et surtout en
perspective, alors que je suis responsable de mes deux
aimées, adorables et nécessaires, je vivais mon impuissance
à écrire ce livre que j’estime nécessaire à un projet
semblant fou et psychotique mais que je crois aussi
absolument nécessaire – deux outils, plutôt que des
ambitions ou des envies – je vivais mon impuissance comme la
marque d’une vraie maladie, le décalage pas accepté entre
mon vécu, c’est-à-dire un ratage selon toute apparence de ma
vie professionnelle, de ma carrière et aussi de mes
tentatives, en plus, d’être écrivain, éditorialiste, voire
conseiller aulique du prince régnant, quelqu’il soit
d’ailleurs. Donc un fou, nuisible d’abord à lui-même, et
risquant la vie, la sécurité de ses aimées.
Pourtant, des signes m’étaient
donnés de plus en plus. Le maintien de ma foi, de mon
espérance. La relation à autrui de rencontre, encore ce
soir, ce vigile à Percy mardi dernier et me couriellant
maintenant, ou cette correspondance d’un officier supérieur,
en coopération à Brazzaville (place de l’Afrique d’ailleurs
dans ma vie tant intellectuelle qu’amicale et politique). Ma
capacité à lire, à m’étonner de la nouveauté de ce que
j’apprends ou comprends et en ce sens, mon apparent échec à
Nantes, le total changement de sens et de contenu pour ce
que j’entendais par « culture générale » depuis toujours et
ce que c’est maintenant. Même mouvement que ce passage de
l’adolescence encore puérile à un autre âge dans lequel je
n’entrerai peut-être jamais, que dans la vie éternelle (vie
éternelle avec et sans guillemets, fantasme et réalité, foi
et espérance en psychologie, en vécu). Lecture de ces
papiers sur la religiosité au XXIème siècle. Indication sur
cet écrivain inconnu de moi et placé si haut par EINSTEIN.
Travail d’un après-midi sur ce qu’est le Brésil aujourd’hui,
au moins en éphémérides politiques, et en lien avec ce que
j’ai vécu, su et compris de lui il y a trente ans, soit hier
seulement… Ma
relation post mortem avec deux grands personnages de
notre époque : PISANI et LONG, sur lesquels je n’ai pu
écrire une nécrologie intime et affective, comme j’en avais
la matière exceptionnelle, alors que j’y parvenais « de
chic » pour tant d’autres auparavant depuis DG. Des
relations qui n’étaient plus de disciple et de chercheur, de
demandeur d’information et de sens à de grands mentors, mais
qui étaient de documentation et aussi d’évaluation d’un
homme, d’une vie, d’un tiers, d’un autre. Simplement. Et
sans doute de façon bien moins marquantes. Ou était-ce que
j’avais « vieilli » : vingt-six ans quand part DG et que je
rencontre VALLON, COUVE de MURVILLE, CAPITANT et pas trente
quand je suis à la une du Monde ou en cavalier. Parfois à plusieurs reprises en une
quinzaine de jours. Avec un défoulement et une jouvence
exotiques qui ne m’ont plus quitté depuis leur début qui
avait été douloureux et peu volontaire, la Mauritanie en
service national à vingt ans, le désert, illuminés et
signifiés par l’amitié et la confiance – extra-ordinaires –
d’un homme d’exception : Moktar Ould DADDAH.
Je remettrai au net plus tard les
notes qu’à la diable j’ai prises tout à l’heure. Transcrire
mes signes et lettres, vérifier les noms propres si
nombreux : producteurs, acteurs, femmes, témoins. J’ai été
pris de plusieurs manières et enserré, béatifiquement et
avec passion. Quelques minutes de retard dans la prise
d’écran. J’ « arrive » au moment de ses douze ans quand,
après avoir tant entendu les coups portés par son père à sa
mère à l’étage, il monte et menace le premier de le tuer
s’il continue à frapper sa mère. Portraits noir et blanc (ce
qui va le mieux à MB) à ses divers âges de petite enfance à
ses trente ans, ou un peu plus tard notamment cette avenue
parisienne où il détourne la camera vers une femme de
passage accompagnée d’un bambin puis l’aborde. Ou dans un
film lequel, en plein air, une voie ferrée, une femme
l’interroge sur ce qu’il pense quand il ne fait rien. Le
documentaire est suspendant pour le téléspectateur, un
rythme, une alternance très savante et régulière comme une
composition musicale entre témoignages de gens, hommes et
femmes aujourd’hui « âgés » qui l’ont plus que connu,
passages de films, et moments avec lui. Un portrait,
l’explication d’une vie, d’une psychologie tout à fait
exceptionnels, plusieurs lignes d’explications pour un
comportement aberrant et une relation avec son métier
d’acteur paradoxale, plus que paradoxale. La nature de sa
séduction sans précédent et sans rien qui soit ou ait été
comparable ensuite. Son rapport avec lui-même. Le tragique
des dernières années. Un assassinat perpétré par le premier
de ses fils tuant sa demi-sœur, et deux suicides d’un fils
et d’une fille. Génie du documentariste dans l’approche d’un
portrait dont je n’ai jamais vu un autre qui l’approche en
ingéniosité et en pénétration intuitive, mais sans doute le
personnage-même a conduit son propre portrait post mortem,
dans l’esprit d’un réalisateur sensible, respectueux et
surtout disponible.
J’ai progressivement compris que
mes impuissances et impasses de ces mois-ci avaient un sens,
que Dieu m’a pris vraiment en charge, tant je défaillais
surtout par rapport à ce que peut-être je dois faire et donc
être. La leçon de vie de Marlon BRANDO, telle que présentée
par cette heure d’images et de textes, d’analyse vraiment,
et au sens psychanalytique, suggère que les déséquilibres ou
les forces d’une personne peuvent tous concourir à une
réussite, à une figure totale et énergisante, malgré drames
et ruptures. Je n’ai évidemment ni cette prétention ni cette
grandeur, mais je me suis senti conforté et expliqué par ce
miroir, à moi-même.
Au moment où depuis quarante-huit
heures, je pensais consentir au constat de mon incapacité,
me voici rencontré et soutenu. Peut-être poussé enfin des
coulisses à la scène. Et prêt à écrire, à pages et heures
forcées ce que je veux dire, proposer, dois dire. Demain va
commencer. Fasse Dieu, s’Il le veut bien, que j’y passe la
journée pour qu’une première vingtaine de pages, simples et
vraies, de plain-pied avec mon lecteur mais l’amenant à des
endroits et des altitudes ou des creux moins banaux, le
maintenant quand même avec mois, fasse socle et bâtisse donc
la suite puis le tout du livre, dont je ne serai que le
serviteur et l’interprète qui transcrit.
Un à un, mes trois chers, m’avaient
rejoint devant la télévision, chacun prenant sa place
habituelle. Les chiens, nos chiens dans notre vie d’amour
conjugal depuis vingt ans et plus. Et maintenant, la
chatoune et la relation d’exception, difficiles à ses débuts
que Marguerite qui voulait cette sorte d’ami depuis
longtemps, mais se cabra dans les premiers jours face à la
nouveauté d’une intimité et d’une responsabilité bien plus
physique qu’avec nos chiens, a finalement très bien nouée. –
Au courier-internet, comme de temps à autre, la demande d’un
de mes destinataires du matin : les « textes du jour »
d’être retiré de la liste. Ce n’est jamais motivé. Je ne
comprends pas pas : non d’être inintéressant d’autant que je
réalise bien que je peux paraître exhibitionniste, que je
suis profus et prolixe (donner
tout à lire ce que j’écris maintenant…) mais que
l’on n’utilise pas les ressources de nos messageries, me
mettre en réserve et ne pas dédaigner la possibilité
toujours qu’arrive quelque chose qui ne nous atteindrait pas
autrement. Il est vrai que mon aîné ne veut pas me lire sur
le spirituel, ne veut plus me lire en politique et
s’exaspère, puis s’est lassé de ce que la plupart des miens
d’amour ou de relation considèrent comme une stérile
dispersion, qui m’a perdu et dont je ne me guéris toujours
pas. Et qu’un de mes cadets m’a mis en « spam ». Et que ma
fratrie me laisse en ce qu’elle croit la solitude amère d’un
échec, qui lui a donné le vertige il y a vingt ans et
qu’elle quasi-méprise aujourd’hui. Ma chère femme souffre de
ce dédain et de cette non-considération, de cette mise à
bout de gaffes, elle vit comme une humiliation pour moi (ce
que je ne ressens pourtant pas : je n’ai été humilié jusqu’à
présent que par mes propres fautes et lacunes, pas par
autrui, même si dans l’instant… parfois…) et comme une
souffrance qui est mienne, mais différente de ce qu’elle
pense. Je souffre surtout de ne pas être sujet de fierté
pour elle et contribution à son bonheur, à son mieux-être.
Partager cette nuit et cette
introspection, comme d’autres moments ces années-ci depuis
que j’ai commencé de « diffuser » ma lecture priée des
textes de la liturgie du jour… ce n’est pas m’imposer ni
être impudique, c’est pratiquer ce dont je suis sûr, la foi
et des convictions ne sont pus contagieuses, et utiles à
autrui si elles sont apologétiques, si elles ont un exposé
impersonnel. Les Exercices
spirituels donnés par
Jean LAPLACE avec une telle empathie, un tel respect pour
les retraitants (les « exercitants ») prennent un sens
encore plus fraternel
quand on lit, je lis ses papiers personnels, sinon intimes.
Aujourd’hui l’apologétique, la dogmatique si intéressantes
qu’elles soient, nourrissantes même, ne touchent plus, ne
peuvent convertir ni accompagner. Le journal d’une âme
de Thérèse de Lisieux a anticipé ce que je veux dire : payer
de sa personne. Le Christ ne gagne le salut de l’humanité
que sur la croix, par la croix, Sa personne intégralement
exploitée pour Sa mission. Une croix ignoble et terrible.
Pas celle des autels qui ont célébré ensuite ce qui avait
été si difficile et humainement si contingent. Pourquoi
m’as-tu abandonné ? Père.
Le texte aussi de Françoise VERNY. Dieu parle notre langue,
Il nous est toujours contemporain et parler de Lui peut se
faire selon le partage de nos vies, de nos expériences en ce
qu'Il a fait de nous et selon Lui.
03 heures 10 + Prier… action de
grâces et préparation pour demain, ce travail. S’il plaît à
Dieu de m’en donner force et inspiration, mais cette nuit,
maintenant revenir à Lui avant de me coucher. Personnage
décisif de ma vie, si je puis ainsi écrire de Dieu, notre
Dieu. A tous. Ainsi
cette clarté à l’entour ! c’était l’aspect, la forme de la
gloire du Seigneur. A cette vue, je tombai face contre terre.
[1]
Dieu… se rendant
visible, perceptible à l’homme, et le Fils de l’homme, Dieu
fait homme, le Christ payant l’impôt comme tout homme en
presque toutes époques et civilisations et endroits…. Pour
ne pas scandaliser les gens, va donc jusqu’à la mer, jette
l’hameçon et saisis le premier poisson qui mordra ; ouvre-lui
la bouche et tu y trouveras une pièce de quatre drachmes
Prends-la, tu la donneras pour moi et pour toi. Jésus paye pour Lui-même,
miraculeusement, mais associe, Pierre, l’Eglise, nous à Sin
geste, Il paye à notre place et selon Lui-même.
Extraordinaire du moyen mais nature divine, encore davantage
attestée : prendre notre place. Se mettre à notre point de
vue pour alléger notre fardeau et nous rendre la vie, le
bonheur, nos possibilités. Dialogue et geste faisant suite,
inopinément à ce ressassement terrible et étrange, au
contenu incroyable pour ces gens qu’étaient les disciples
attachés, émerveillés par cet homme… Le Fils de l’homme
va être livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, le
troisième jour, il ressuscitera. Insistance du Christ dans
l’intimité du cercle de ceux qu’Il s’est choisis, mais
jamais devant la foule (à vérifier). Et toujours la
prophétie de Sa mort introduit aussitôt, d’un mouvement
unique et du même souffle de la parole (Parole) l’annonce de
la Résurrection. Et Dieu – dans notre attente – se fait
comprendre, selon l’Ancien Testament, autant que selon le Nouveau ? Testament du Père,
Testament du Fils et les Actes des Apôtres ainsi que les lettres
apostoliques, Testament de l’esprit Saint. Testament,
témoignage de l’Alliance accordée, renouvelée, vécue,
partagée. Nos vies et la promesse, la sollicitude divines. J’ai
vu… j’entendis le bruit de leurs ailes, pareil, quand ils
marchaient, au bruit des grandes eaux, pareil à la voix du
Puissant, une rumeur comme celle d’une armée. La brise discernée par
Elie sur l’Horeb. Le bouleversement des éléments à la mort
du Crucifié : le rideau du Temple se déchira, des
tombeaux s’ouvrirent. Vision d’Ezéchiel, datée.
Le livre d’ABELLIO : les yeux d’Ezéchiel étaient
ouverts, l’ami de Dominique de ROUX, personnage
lui aussi et étrange, littérairement
plus qu’intéressant, humainement je n’ai pu le percevoir
qu’à huit jours de sa mort, de passage chez moi au Portugal,
pour me confier un parapluie à rendre à sa jeune maîtresse,
qui devint – pour une fois – la mienne. Je fus plus tard
invité à son mariage, les plus beaux livres de ma
bibliothèque ancienne, aussi des cartes de nos provinces
éditées sous le Régent puis Louis XV me sont venus de notre
relation et de notre amitié, mon ex libris aussi... Le voulait-il ?
je le crois. L’aspect
d’un être humain, au-dessus, tout en haut… c’était l’aspect,
la forme de la gloire du Seigneur. A cette vue, je tombai
face contre terre… le cinq du mois, la cinquième année de la
déportation du roi Jékonias, la parole de Dieu fut adressée
à Ezéchiel, fils du prêtre Bouzi, dans le pays des
Chaldéens, au bord du fleuve Kébar. Les fils d’Abraham,
retour au point de départ de leur leur père.
Prier… mes aimées, mes chers morts
depuis les années années 50 jusqu’à ces deux plus récemment
partis… les martyrs d’Alep… Marlon BRANDO et les siens…
notre recteur, de son confessionnal à l’autel de ce dimanche en fin de matinée,
église « pleine » et assemblée pieuse. Vraiment. Et celles
et ceux qui vont recevoir le courriel d’habitude, mais
aujourd’hui, vraiment matinal. Et ce diacre veut ne plus le
recevoir mais que j’assure de ma sympathie et de notre union
de prière depuis notre rencontre à Saint-Louis de la
Robertsau, dans le souvenir de Charles de FOUCAULD, et qui
se renouvellera, continuera. On entendit un bruit venant de plus
haut que le firmament qui était au-dessus de leurs têtes.
Silence, ni étoiles ni lune, le
ciel s’est couvert il y a peu.
A chaque événement ou dialogue
rapportés par les évangélistes, Jésus profite de notre
attention, déjà saisie par le récit, le miracle,
l’étonnement pourtant humain mais selon Lui, pour redire
qu’Il est : ainsi, Simon, quel est ton avis ? Les rois
de la terre, de qui perçoivent-ils les taxes ou l’impôt ? de
leurs fils, ou des autres personnes – Des autres – Donc, les
fils sont libres. Mais, pour ne pas scandaliser les gens… Jésus, fils de roi, seul
libre vraiment, par nature, par engendrement. Souci et
délicatesse du Christ : l’affirmation est presque mezzo voce, puisqu’Il se conforme à
l’usage comme s’Il ne l’était pas, Fils et souverainement
libre.
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