jeudi 18 août 2016

Hélène (mère de Constantin), impératrice . 248.249 + 329.330 . wikipédia.org & vallemagne.net


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Hélène
Image illustrative de l'article Hélène (mère de Constantin)
Hélène, portant le titre d'augusta, monnaie frappée sous Constantin vers 327 - 329
Naissance
vers 248-249
Depranum en Bithynie
Décès
vers 329-330 
Vénéré à
Fête
Constantin et Hélène, sa mère (icône orthodoxe bulgare)
Statue de sainte Hélène dans la basilique Saint-Pierre de Rome
Hélène ou sainte Hélène (vers 247/250 - vers 329/330), est une impératrice romaine, épouse de Constance Chlore et mère de Constantin.

Sommaire

Biographie

Sa biographie doit être lue avec précaution car les auteurs d'apologétique chrétienne et son fils Constantin ont certainement voulu, dans un vaste programme de propagande chrétienne et impériale, donner une image de femme pieuse, charitable et honorable. La littérature sur elle relève donc plus du panégyrique impérial et de l'hagiographie1.
Selon la tradition fixée2 par l'historien Procope (VIe siècle), elle serait née à Drépanum dans la province de Bithynie en Asie Mineure, bourg dont le nom est modifié après sa mort, par son fils Constantin, en Hélénopolis3. D'après l'évêque et historien Eusèbe de Césarée, elle aurait eu environ 80 ans lors de son retour de Palestine vers l'année 327 et donc serait probablement née entre 248 et 2504. D'origine très modeste, d'après saint Ambroise elle est stabularia5, ce qui peut se traduire comme « servante d'auberge » mais peut s'interpréter aussi comme une prostituée qui recrutait ses clients dans les étables (stabula) près des auberges 6.
On ne sait avec certitude où elle rencontre Constance Chlore, mais c'est peut-être en Asie Mineure lorsque Constance, officier de l'empereur Aurélien, participe à la campagne contre la reine Zénobie (271-273). Certaines sources la mentionnent comme son épouse, d'autres comme sa concubine, ce dernier statut étant plus probable étant leur différence de condition sociale7. Avoir une mère honorable, mariée à Constance Chlore entre dans le cadre de la reconstruction propagandiste de son fils Constantin après son accession au pouvoir pour légitimer son titre et pour qu'il ne puisse être contesté par ses demi-frères3. Elle donna naissance à Constantin vers 272 à Naissus, en Mésie (Niš, Serbie), cité militaire sur le Danube. À l'époque de l'établissement de la Tétrarchie, en 293, Constance Chlore, devenu César, a probablement déjà épousé Théodora, fille de l'Auguste Maximien8. Hélène ne se marie – ou ne se remarie – pas, et vit alors dans l'ombre, cette période de sa vie étant inconnue.
Après l'avènement de Constantin en 306, Hélène retrouve une vie publique. La tradition incertaine9 la fait séjourner à la cour impériale à Trèves (Constantin en fait sa capitale jusqu'en 316). Elle vit à partir de 312 principalement à Rome (dans le complexe résidentiel du Palazzo Sessoriano (it)) où elle se convertit au christianisme comme son fils, peut-être avant lui et joue un rôle important de propagandiste de la foi nouvelle pour mieux asseoir l'Empire chrétien, encore fragile10. À l'automne 324, Constantin fait proclamer « augusta » (impératrice) sa mère Hélène que Constance Chlore avait répudiée, ce qui montre son influence grandissante à la cour et au sein de la dynastie constantinienne11.
Connue traditionnellement pour avoir organisé la première restauration des lieux saints chrétiens de Jérusalem, c'est en réalité son fils, l'empereur Constantin qui ordonne cette restauration12. Elle se rend en Terre sainte vers 326-328, voyage que présente Eusèbe comme un pèlerinage mais qui relève certainement plus de raisons politiques en sa qualité d'augusta, par exemple expliquer la politique de christianisation de son fils13. Elle y fonde l'Église du Pater Noster et de la Basilique de la Nativité14, et découvre à Jérusalem, selon la tradition légendaire15, les saintes reliques de la Passion du Christ, donnant une impulsion importante aux pèlerinages en Terre sainte, et à l'aménagement des lieux.
La découverte légendaire la plus importante d'Hélène est l'Invention de la Vraie Croix, sur le site du Saint-Sépulcre où l'empereur Hadrien avait fait construire un temple à Vénus qu'Hélène fait abattre. Elle meurt vers 330 avec son fils à ses côtés16. Constantin fait transformer sa résidence, le palais de Sessorium, en une église, la basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem17.

Postérité

Canonisée, elle est considérée comme sainte par les églises catholique et orthodoxe, sa fête est fixée au 18 août pour les catholiques et au 21 mai pour les orthodoxes, qui fêtent le même jour Hélène et Constantin (« Fête des très Grands Souverains Constantin et Hélène, égaux aux apôtres »).
La ville d'Elne, ancienne Illiberis, tire son nom de l'impératrice Hélène. Constantin a en effet renommé au IIIe siècle la ville en Castrum Helenae, devenu Helna, puis Elna et enfin Elne en français.
À l'instar des empereurs chrétiens se proclamant comme « nouveau Constantin », plusieurs reines et impératrices (Pulchérie, Eudocie) sont présentées comme une « nouvelle Hélène »18.

Ses reliques

Selon la tradition légendaire, le corps de sainte Hélène est ramené à Rome et est placé dans un sarcophage en porphyre rouge dans un mausolée de Torpignattara (it), un quartier de Rome. En réalité, le commerce des reliques durant le haut Moyen Âge est si lucratif que les corps des grands saints sont démembrés et partagés pour un culte privé (reliques dans des oratoires, des petits reliquaires portatifs)) ou public (reliques insignes dans des sanctuaires qui favorisent les pèlerinages). Les reliques d'Hélène et de Constantin ont subi le même sort et rien ne permet d'affirmer que le mausolée d'Hélène (en) en contient une19.
Vers 840, un moine nommé Theutgise dérobe à Torpignattara les restes d'Hélène qu’il rapporte à l’abbaye bénédictine d’Hautviller dans le diocèse de Reims. Les reliques sont placées dans une châsse derrière le maître-autel de l'église et favorisent opportunément les pèlerinages, permettant probablement à l'abbaye de « sortir de difficultés financières, de réaffirmer le pouvoir d'un évêque ou de défendre le bien-fondé d'une réforme20 ». En 868, l'archevêque de Reims charge le moine Hincmar de Reims (v. 830 - 889) de composer une vie d'Hélène (Vitae Helenae). Altmann (Altmannus) écrit également à son sujet un récit de translation et un recueil de miracles, manipulant les textes biographiques précédents pour élaborer une hagiographie. C'est lui qui compose un récit inventant l'authenticité des reliques21 et l'origine aristocratique de Trèves d'Hélène22. L'abbaye honore depuis la sainte, principalement au jour anniversaire de sa mort, le 18 août, ainsi qu’aux fêtes de la Sainte Croix qui voient la célébration d'un office solennel suivi d’une procession.
À la Révolution, le dernier procureur de l’abbaye, dom Jean-Baptiste Grossard sauve les reliques en les transmettant en novembre 1819 à l'ordre des Chevaliers du Saint-Sépulcre. Les reliques sont translatées dans l'église Saint-Leu-Saint-Gilles par cet ordre. Sur la réclamation de son curé et de ses paroissiens, l'église d'Hautvillers peut récupérer, grâce à la compréhension du clergé de Saint-Leu, une partie des reliques de sainte Hélène qu'elle accueille avec ferveur le 17 août 182723.
L'incertitude sur la tombe d'Hélène, (Rome, Constantinople), différentes traditions sur les translations et le partage de ses reliques font que d'autres villes revendiquent détenir les restes de la sainte : Trèves, Rome, Venise24.
La chapelle du château de Genech aurait abrité la tête de sainte Hélène jusqu'à la Révolution, des traditions concurrentes la font reposer dans la cathédrale de Trèves ou la basilique Santa Maria in Aracoeli, cette dernière revendiquant posséder les principales reliques de la sainte depuis 114022.
Reliquaire contenant le chef de sainte Hélène dans la crypte de la cathédrale de Trèves
Le sarcophage de sainte Hélène, musées du Vatican
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Iconographie

Vue de l'intérieur de l'église copte orthodoxe de la Reine-Hélène, près du Saint-Sépulcre, à Jérusalem. Une représentation de sainte Hélène de Constantinople orne le rideau rouge du fond.
Hélène est représentée déjà âgée, en costume d'impératrice, tenant une croix ou les clous de la Crucifixion. Elle est parfois associée à son fils Constantin. On la représente aussi tenant à la main une maquette d'église.

Protectrice

  • Dans la tradition catholique, Hélène est la sainte patronne des teinturiers, des marchands de clous et d'aiguilles.
  • C'est la sainte patronne des archéologues chez les Grecs orthodoxes.

Notes et références

  1. (de) R. Klein, « Helena II (Kaiserin) », Reallexikon für Antike und Christentum, vol. 14,‎ 1988, p. 355-375
  2. Cette tradition incertaine explique que des légendes médiévales placent son lieu de naissance à Yorck, Colchester, Trèves, Édesse.
  3. a et b (en) Jan Willem Drijvers, Helena Augusta: The Mother of Constantine the Great and her Finding of the True Cross, 1992, p. 11
  4. Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, 3.46.1
  5. Ambroise de Milan, Oratio de Obitu Theodosii, 42
  6. (en) Jean Pierre Callu, Culture profane et critique des sources de l'antiquité tardive, 2006, p. 543
  7. (en) Jan Willem Drijvers, Helena Augusta: The Mother of Constantine the Great and her Finding of the True Cross, 1992, p. 17-19
  8. (en) Timothy D. Barnes, Constantine and Eusebius, Harvard University Press, 1981, p. 125-126
  9. (de) Heinz Heinen, Frühchristliches Trier: von den Anfängen bis zur Völkerwanderung, Paulinus, 1996, p. 84-117
  10. (en) David Stone Potter, The Roman Empire at Bay: AD 180-395, Routledge, 2004, p. 351
  11. (en) Jan Willem Drijvers, Helena Augusta: The Mother of Constantine the Great and her Finding of the True Cross, 1992, p. 41
  12. Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, 3.46.2-46
  13. (en) K.G. Holum, « Hadrian and St. Helena: Imperial Travel and the Origins of Christian Holy Land Pilgrimage », dans R. Ousterhout (éd.), The Blessings of Pilgrimage, Urbana, 1990, p. 66–81
  14. Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, 3.43
  15. (en) E. D. Hunt, « Constantine and Jerusalem », The Journal of Ecclesiastical History, vol. 48, no 03,‎ juillet 1997, p. 415 (DOI 10.1017/S0022046900014858)
  16. Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, 3.46-47
  17. (en) Sible de Blaauw, « Jerusalem in Rome and the Cult of the Cross », in Pratum Romanum. Richard Krautheimer zum 100. Geburtstag, R.L. Colella, M.J. Gill, L.A. Jenkens et al., Wiesbaden, 1997, p. 55-73
  18. (en) Jan Willem Drijvers, « Helena Augusta: Exemplary Christian Empress », Studia Patristica, vol. 24,‎ 1993, p. 85-90
  19. (en) Mark Johnson, « Where were Constantius I and Helena Buried ? », Latomus, vol. 51,‎ 1992, p. 145-150
  20. Michèle Gaillard, « Les Reliques. Objets, cultes, symboles », Médiévales, vol. 20, no 40,‎ 2001, p. 168-169
  21. Selon Altmannus, à Hautvillers on a d'abord douté qu'un moine si simple, si chétif, puisse s'emparer d'un pareil trésor, du corps d'une véritable impératrice. Les moines ont effectué plusieurs expertises, ils ont notamment fait une analyse historique pour s'assurer que sainte Hélène fut bien à Rome. Ensuite on a envoyé une commission compétente à Rome pour constater la disparition des reliques. Enfin, on a fait subir à Teutgis l'épreuve de l'ordalie. En présence de l'évêque de Reims, le célèbre Hincmar, du roi Charles le Chauve et de sa cour, Teutgis est passé par l'eau bouillante, croyant fermement que sainte Hélène le délivrerait : il resta sain et sauf. À la prière d’Hinomar, archevêque de Reims, le pape voulut bien régulariser le transfert
  22. a et b (en) Jan Willem Drijvers, Helena Augusta: The Mother of Constantine the Great and her Finding of the True Cross, 1992, p. 75
  23. Jean-Pierre de Gennes, Les chevaliers du Saint-Sépulcre de Jérusalem, Mémoire & documents, 2004, p. 326
  24. (en) Gilles Constable, « Troyes, Constantinople, and the relics of St. Helen in the thirteenth century », in: Constable, Religious Life and Thought Pt. XIV, 1979, p. 1035-1042

Voir aussi

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Sources et bibliographie

  • J. Maurice, Sainte Hélène, 1930.
  • H. H. Lauer, Kaiserin Helena, Leben und Legende, 1967.
  • Jacques de Voragine, la Légende Dorée, chapitre 64
  • Edgarda Ferri, Imperatrix, Elena, Costantino e la Croce, Mondadori, 2010.
  • A. M. Rouillon (Ord.Praem.), Sainte Hélène, Paris, 1908.
  • J. W. Drijvers, Helena Augusta. The Mother of Constantine the Great and the Legend of her Finding of the True Cross, Leyde, Brill, 1991.
  • Hélène Yvert-Jalu, L'impératrice sainte Hélène : À la croisée de l'Orient et de l'Occident, Paris, éditions Pierre Téqui, 2013, 270 p. (ISBN 9782740318003)

Liens externes

  • Portail du christianisme


 

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Sainte Hélène et la Vraie Croix

L’empereur Constantin, sainte Hélène, sa mère, et la Vraie Croix
Née vers l’an 250, dans la province romaine de Bithynie, au nord-ouest de l’Asie Mineure, au sein d’une famille modeste, Hélène devient la concubine de l’empereur Flavius Constantius, surnommé Chlore. Elle sera la mère de Constantin qui deviendra empereur à la suite de son père et proclamera le christianisme religion officielle de l’empire romain. Avec Constantin, Hélène devint la puissante protectrice des chrétiens, puisant largement dans le trésor impérial pour construire ou doter de nombreuses églises, tout en secourant les pauvres, protégeant les opprimés et s’efforçant d’améliorer le sort des prisonniers, ce qui la fit vénérer du petit peuple.

Hélène partit vers la Terre sainte au lendemain du meurtre de son petit-fils Crispus, victime de complots dans la Rome impériale. Elle avait alors près de 80 ans. Quittant Rome avec Constantin pour Milan, elle gagna probablement la Thrace, s’embarqua à Alexandria Troas afin de passer en Asie Mineure, puis suivit la route la plus proche des côtes, pour s’embarquer à nouveau afin de gagner Chypre. Elle a dû y rester tout l’hiver, à attendre un temps plus favorable pour continuer sa route. On suppose que, le printemps venu, elle s’est embarquée pour Tyr, et de là, a atteint Jérusalem où, après avoir fait faire des fouilles sur le lieu du Calvaire, elle découvrit la Sainte Croix.

À part quelques détails secondaires, des auteurs dont l’enfance est contemporaine du voyage de l’Impératrice ou ceux de la génération qui suit, attestent de la découverte de la Sainte Croix par sainte Hélène et de son culte ; ainsi peut-on se référer à saint Cyrille de Jérusalem (mort en 386), à saint Paulin de Nole (mort en 431), à saint Sulpice Sévère (mort en 420), à saint Ambroise de Milan (mort en 397), à saint Jean Chrysostome (mort en 407), à Rufin d’Aquilée (mort en 410), à Théodoret de Cyr ou à l’avocat de Constantinople, Socrate.  Haut de page

Le récit de saint Ambroise

Elle commença par visiter les Lieux saints ; l’Esprit lui souffla de chercher le bois de la croix. Elle s’approcha du Golgotha et dit  "Voici le lieu du combat ; où est la victoire ? Je cherche l’étendard du salut et ne le vois pas." Elle creuse donc le sol, en rejette au loin les décombres. Voici qu’elle trouve pêle-mêle trois gibets sur lesquels la ruine s’était abattue et que l’ennemi avait cachés. Mais le triomphe du Christ peut-il rester dans l’oubli ? Troublée, Hélène hésite, elle hésite comme une femme. Mue par l’Esprit-Saint, elle se rappelle alors que deux larrons furent crucifiés avec le Seigneur. Elle cherche donc la croix du milieu. Mais, peut-être, dans la chute, ont-elles été confondues et interverties. Elle revient à la lecture de l’Évangile et voit que la croix du milieu portait l’inscription  "Jésus de Nazareth, Roi des Juifs". Par là fut terminée la démonstration de la vérité et, grâce au titre, fut reconnue la croix du salut.  Haut de page

Le récit de Rufin d’Aquilée Reliques et souvenirs - Premiers témoignages Parcours thématique : Reliques et souvenirsReliques et souvenirs - Égérie   Pèlerin d’Orient - Reliques et souvenirs

Elle apprit, par révélation, que la croix avait été enfouie dans un des caveaux du sépulcre de Notre Seigneur, et les anciens de la ville, qu’elle consulta avec grand soin, lui marquèrent le lieu où ils croyaient, selon la tradition de leurs pères, qu’était ce précieux monument ; elle fit creuser en ce lieu avec tant d’ardeur et de diligence, qu’elle découvrit enfin ce trésor que la divine Providence avait caché dans les entrailles de la terre durant tout le temps des persécutions, afin qu’il ne fût point brûlé par les idolâtres, et que le monde, étant devenu chrétien, lui pût rendre ses adorations.
Dieu récompensa cette sainte impératrice beaucoup plus qu’elle n’eût osé l’espérer : car, outre la Croix, elle trouva encore les autres instruments de la Passion, à savoir  les clous dont Notre Seigneur avait été attaché, et le titre qui avait été mis au-dessus de sa tête. Cependant, une chose la mit extrêmement en peine  les croix des deux larrons, crucifiés avec Lui, étaient aussi avec la sienne, et l’Impératrice n’avait aucune marque pour distinguer l’une des autres. Mais saint Macaire, alors évêque de Jérusalem, qui l’assistait dans cette action, leva bientôt cette nouvelle difficulté. Ayant fait mettre tout le monde en prière, et demandé à Dieu qu’il lui plût de découvrir à son Église quel était le véritable instrument de sa Rédemption, il le reconnut par le miracle suivant  une femme, prête à mourir, ayant été amenée sur le lieu, on lui fit toucher inutilement les deux croix des larrons ; mais dès qu’elle approcha de celle du Sauveur du monde, elle se sentit entièrement guérie, quoique son mal eût résisté jusqu’alors à tous les remèdes humains et qu’elle fût entièrement désespérée des médecins. Le même jour, Macaire rencontra un mort qu’une grande foule accompagnait au cimetière. Il fit arrêter ceux qui le portaient et toucha inutilement le cadavre avec deux des croix ; aussitôt qu’on eut approché celle du Sauveur, le mort ressuscita.
Sainte Hélène, ravie d’avoir trouvé le trésor qu’elle avait tant désiré, remercia Dieu d’une grande ferveur, et fit bâtir au même lieu une église magnifique ; elle y laissa une bonne partie de la Croix, qu’elle fit richement orner ; une autre partie fut donnée à Constantinople ; enfin le reste fut envoyé à Rome, pour l’église que Constantin et sa mère avaient fondée dans le palais Sessorien (demeure de l’Impératrice) près du Latran qui a toujours depuis le nom de Sainte-Croix-de-Jérusalem.  Haut de page

Le récit de la Légende Dorée

Arrivée à Jérusalem, Hélène fit mander devant elle tous les savants juifs de la région. Et ceux-ci, effrayés, se disaient l’un à l’autre : "Pour quel motif la reine peut-elle bien nous avoir convoqués ?"
Alors l’un d’eux, nommé Judas, dit : "Je sais qu’elle veut apprendre de nous où se trouve le bois de la croix sur laquelle a été crucifié Jésus. Or mon aïeul Zachée a dit à mon père Simon, qui me l’a répété en mourant : "Mon fils, quand on t’interrogera sur la croix de Jésus, ne manque pas à révéler où elle se trouve, faute de quoi on te fera subir mille tourments ; et cependant ce jour-là sera la fin du règne des Juifs, et ceux-là règneront désormais qui adoreront la croix, car l’homme qu’on a crucifié était le Fils de Dieu !" Et j’ai dit à mon père : "Mon père, si nos aïeux ont su que Jésus était le fils de Dieu, pourquoi l’ont-ils crucifié ?" Et mon père m’a répondu  "Le Seigneur sait que mon père Zachée s’est toujours refusé à approuver leur conduite. Ce sont les Pharisiens qui ont fait crucifier Jésus, parce qu’il dénonçait leurs vices. Et Jésus est ressuscité le troisième jour, et est monté au ciel en présence de ses disciples. Et mon oncle Étienne a cru en lui ; ce pourquoi les Juifs, dans leur folie, l’ont lapidé. Vois donc, mon fils, à ne jamais blasphémer Jésus ni ses disciples."

Ainsi parla Judas ; et les Juifs lui dirent  "Jamais nous n’avons entendu rien de pareil." Mais lorsqu’ils se trouvèrent devant la reine, et que celle-ci leur demanda en quel lieu Jésus avait été crucifié, tous refusèrent de la renseigner  si bien qu’elle ordonna qu’ils fussent jetés au feu. Alors les Juifs, épouvantés, lui désignèrent Judas, en disant  "Princesse, cet homme-ci, fils d’un prophète sait toutes choses mieux que nous, et te révèlera ce que tu veux connaître !"

Alors la reine les congédia tous à l’exception de Judas, à qui elle dit  "Choisis entre la vie et la mort ! Si tu veux vivre, indique-moi le lieu qu’on appelle Golgotha, et dis-moi où je pourrai découvrir la croix du Christ !" Judas lui répondit  "Comment le saurais-je puisque deux cents ans ses sont écoulés depuis lors, et qu’à ce moment, je n’étais pas né ?" Et la reine  "Je te ferai mourir de faim, si tu ne veux pas me dire la vérité !" Sur quoi elle fit jeter Judas dans un puits à sec, et défendit qu’on lui donnât aucune nourriture.

Le septième jour, Judas, épuisé par la faim, demanda à sortir du puits, promettant de révéler où était la croix. Et comme il arrivait à l’endroit où elle était cachée, il sentit dans l’air un merveilleux parfum d’aromates ; de telle sorte que, stupéfait, il s’écria  "En vérité, Jésus, tu es le sauveur du monde !"

Or, il y avait en ce lieu un temple de Vénus qu’avait fait construire l’empereur Adrien, de façon que quiconque y viendrait adorer le Christ parût en même temps adorer Vénus. Et, pour ce motif, les chrétiens avaient cessé de fréquenter ce lieu. Mais Hélène fit raser le temple ; après quoi Judas commença lui-même à fouiller le sol et découvrit, à vingt pas sous terre, trois croix qu’il fit aussitôt porter à la reine.

Restait seulement à connaître celle de ces croix où avait été attaché le Christ. On les posa toutes trois sur une grande place, et Judas, voyant passer le cadavre d’un jeune homme qu’on allait enterrer, arrêta le cortège, et mit sur le cadavre l’une des croix, puis une autre. Le cadavre restait toujours immobile. Alors Judas mit sur lui la troisième croix ; et aussitôt le mort revint à la vie.

D’autres historiens racontent que c’est Macaire, évêque de Jérusalem, qui reconnut la vraie croix, en ravivant par elle une femme déjà presque morte. Et saint Ambroise affirme que Macaire reconnut la croix à l’inscription placée jadis par Pilate au-dessus d’elle.

Judas se fit ensuite baptiser, prit le nom de Cyriaque, et, à la mort de Macaire, fut ordonné évêque de Jérusalem. Or sainte Hélène, désirant avoir les clous qui avaient transpercé Jésus, demanda à l’évêque de les rechercher. Cyriaque se rendit de nouveau sur le Golgotha, et se mit en prière ; et aussitôt, étincelants comme de l’or, se montrèrent les clous, qu’il s’empressa de porter à la reine. Et celle-ci, s’agenouillant et baissant la tête, les adora pieusement.
Jacques de Voragine - La légende dorée
La Vierge Marie avec les apôtres et les saints par Fra Angelico
[La Légende dorée rédigée en latin au XIIIe siècle par le dominicain italien Jacques de Voragine, fut, après la Bible, le texte le plus largement diffusé au Moyen Âge. Cette ’légende des saints’ (son titre originel) constitue en fait une encyclopédie de la vie chrétienne - le terme ’légende’ devant être compris comme ’ce qui doit être lu’ (par les prédicateurs, dans les écoles ou pendant les repas dans les monastères). Néanmoins, le merveilleux s’y fait très présent, selon la tradition des apocryphes chrétiens, friands de fantastique et de miraculeux. Outre les vies des saints, l’ouvrage s’attache à expliciter le sens des grandes fêtes chrétiennes.

L’ouvrage doit son titre actuel à son succès, les tranches dorées étant précisément réservées, au Moyen Âge, aux livres les plus importants.

Les bénédictins de Port-Valais ont mis en ligne une traduction française de la Légende dorée.]


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