vendredi 30 mars 2018

quand va mourir la mort - vivre la Semaine Sainte et particulièrement le Vendredi-Saint


rétrospectivement écrit le Samedi Saint
 
 . . . Pointe du Bill, 15 heures 21 + La mort qui peut finir, l’éternité impossible selon les paramètres de notre vie terrestre, mais garantie par la résurrection du Fils de l’homme, et pas comme des ectoplasmes amputés de tout ce que fut et fit leur début terrestre : je crois en la résurrection de la chair et à la vie éternelle (dans cet ordre). Ma propre finitude, rappelée par la fatigue se dépouillant de moi pas facilement, cette épaule droite sans diagnostic tant qu’elle n’est pas échographiée, de rendez-vous dans la discipline qu’en fin Mai pour l’agglomération de Vannes. La mission des époux l’un pour l’autre : le conduire, la conduire au bonheur qui est relation à soi-même et à la vie bien plus que toute situation matérielle ou tout ressenti. Le lieu de nous-mêmes, chacun et tous, la prière. L’émerveillement autant à l’instant qu’en lecture de vie qu’en rencontre si brève soit-elle… de l’autre, quand l’ombre est lumière, présence, qu’elle dévoile.

Expérience… même a contrario. A la minute, un homme jeune monte dans la salle haute de la base nautique, il cherche une poubelle y vider des ferrailles et détritus ramassés sur la plage. Je lui montre. " Bonne Pâque, s’il y a lieu ". Pierre, lui, me répond : " il y a lieu…". Seul à la base, voici deux autres, ils voudraient louer un katamaran, courriel au président de notre club et au chef de base : ils ont appris la voile ici, et citent l’emblématique Pifou. La demande… En pharmacie ce matin, l’une des laborantines s’appelle Marie, l’officine et moi nous nous pratiquons depuis cinq ans (des médicaments pour des relations mauritaniennes en urgence et avec peu d’ordonnance…). Je lui dis que demain à l’aube, quelqu’un l’appellera Marie. Elle cherchait le corps de… ne le trouve pas, voit le jardinier, demande… Marie… Il se présente en l’appelant par son nom à elle, et c’est elle qui reconnaît qui Il est. Rabbouni… Marie, cela vous dit quelque chose ? Mutisme, elle, le pharmacien, les autres clients. Je dis ce qu’il en est. – Deux nuits, un jour et demi, à Toulouse, je n’en connais que la place du Capitole, les rives de la Garonne, visite ancienne à la troisième de mes filleules. Beauté qui n’est pas immédiate, puis le dépaysement devient accueillant. Oui, je suis émerveillé par le tout que les paysages urbains qu’à foison j’ai découverts, interrogés aimés. L’étonnante cathédrale au socle rouge pour un porte-cloches, mais pas une flèche ou un clocher, et à la nef, au chœur non alignés. J’en sors, la jouxte à ma droite le palais national titré en lettres dorées, et à son seuil une façon de guérite ou de cabine téléphonique admirablement « taguée » pour développer la devise de nos Républiques. Mais je veux regagner l’archevêché actuel, ne sait plus retrouver la rue étroite Perchepinte. Je demande à un policier municipal, sortant de la banque qui fait l’angle de la place qui n’est qu’espace, avec une rue que je n’identifie pas, comment aller à l’archevêché. Dom Robert LE GALL, m’y héberge, mon ami fraternel depuis vingt-cinq ans, débuts marqués par les derniers feux de ma belle fonction, et les premiers d’une ultime impasse amoureuse : il pétille d’humour, façon suprême de la charité quand la distance n’est que respect et atteste de son expérience de l’amour divin et de toutes vocations, et chacune a plusieurs étapes. Réponse du policier, le palais national depuis 1793. Conférence que j’ai été invité à donner aux Sciences Po. locaux par le frère de mon compagnon d’examen au permis de conduire… celui-ci casse du béton pour leur père, celui-là multiplie stages et rédactions pour une carrière en ambassade ou dans les lieux où s’observent et s’élaborent les stratégies de défense. Je ne comprends qu’à quelques jours de l’exercice que c’est la Semaine Sainte, et que je manque l’Office du Jeudi Saint. Allez à celui du matin, m’est-il répondu.

Hier soir, juste de retour en fin d’une journée de train qu’ont commencé les admirables paysages le long de la Garonne et du canal du Midi. Un bonheur que je nous voudrais en « trinité », ma femme, notre fille et moi en voiture, tout est en demeures, en semi-remparts, en églises trapues : Port-Sainte-Marie… Marguerite m’a fait acheter de quoi manger un peu, j’escomptais qu’elle ne tiendrait pas à aller à deux offices, tant elle est fatiguée – croissance. Elle a voulu, elle prend une aube de garçon, ma femme n’avait pas pensé à emporter la sienne en allant la chercher au collège, servante d’assemblée. Tout est en bois marron, rien de peint ou d’orné dans le cœur de l’église paroissiale de Noyalo, chaleureuse et petite. L’Office, la Croix, Jésus roi et souverain. Le Père Gwenaël tient ensuite l’église ouverte, se tient à la disposition des pénitents éventuels. Marguerite y va, quoique déjà confessée à l’abbaye de Timadeuc, le mois précédent selon le cycle de sa préparation à la confirmation. Je ne me suis pas préparé, mais comment ne pas lui succéder. N réponse à l’exposé de ma pauvreté et même de ma détresse, le prêtre est d’une exactitude qui me bouleverse. Vous qui avez tellement le don de l’émerveillement, demandez-en la reviviscence. Or, la veille à table avec mon éminent ami Dom Robert, j’évoquais le mot de GOETHE, l’admiration est la plus belle faculté de l’homme. Le moine-archevêque réplique : l’émerveillement. Je comprends la différence, ou plutôt le mouvement : l’admiration est passive, même si elle est déjà un discernement, le consentement à ce qui se perçoit, mais l’émerveillement est actif, prenant, la beauté, la force et nous vibrent ensemble de se donner mutuellement. Et c’est ma pénitence,  le mouvement d’occupation maintenant. Sans nous concerter, notre fille et moi écrivons la même intention de prière. – Le thème de ce qu’il m’était demandé d’exposer : être ambassadeur, ma mention du Jeudi Saint que je ne célèbre pas, donnant la préférence à mes jeunes auditeurs, fascinants de bonne volonté, de disponibilité mais aussi d’un manque de maîtres, de mentors, de cadres. Je suis attisé (plus de cent participants à la proposition du cher Thibault C. et de son association, plus de cinquante adresses internet recueillies en conclusion, et déjà des messages). Je vais tenter de me faire inviter à intervalle si possible mensuel et par l’Institut d’Etudes Politiques en tant que tel : être présent aux étudiants à la demande, exposés, débats, conseils tête-à-tête tout en faisant retraite et communion avec mon merveilleux ami. Et pourquoi pas ? une conférence de même genre que la mienne, aux mêmes étudiants : être archevêque. J’en ai un sous la main…

 Autre rencontre encore, une jeune fille qui répond  affirmativement : la Semaine Sainte, elle la suit. La place que je tente d’occuper dans une queue de TGV plutôt que d’aller m’asseoir en banc de métro à mon numéro, est la sienne, et elle la prend donc. Travailler « sur » son ordinateur. Comme nous allons descendre à la même gare, conversation : assistante parlementaire, deux mi-temps, le député d’Haguenau, et celui de Narbonne. La République en marche. Je donne mon couplet : le soliste et beaucoup de pages au J.O. mais quoi est fait ou se fait ? Elle m’adresse à BLANQUER dont je reconnais le CV, j’apprends le dédoublement des classes primaires comme premier actif du mandat en cours (ma chère femme nuancera : seulement trois classes en Morbihan). Dialogue suivi par tout le compartiment. Je demande et obtiens ses coordonnées internet sur le quai de notre gare d’arrivée à Vannes, et sous la pluie juste quand arrive à ma rencontre ma chère femme. Je vais suivre. – Les désordres et violences dans plusieurs universités, réseau d’un de mes accueillants à Sciences-Po. Toulouse : fantasme ou souhait du grand précédent : Mai 68. Le mouvement du 22 Mars avait eu son début vraiment français : la liberté sexuelle, à l’exact rebours des pudibonderies et pénitences légales e réglementaires qui se concoctent et se débattent. Voici qu’aujourd’hui le commencement aurait pour origine une folie ou un forfaiture. Le recteur de Montpellier aurait mandaté une bande de cagoulés, pour « casser » le mouvement d’occupation (ne pas appeler la police, procédure probablement déconseillé par le ministre, surtout s’il est « bien ». Manque de p…, filmé et mis n examen. Mais c’est peut-être l’allumette dans la pinède. L’actuelle monocratie sauvée par l’indigence des syndicats (ou plutôt de leurs dirigeants) : incapables d’union dans les mouvements et « mobilisations ». L’erreur impardonnable de MARTINEZ ne concertant pas la date prochaine pour une nouvelle manifestation, et la fixant à trois jours du congrès de MAILLY… et incapables de donner une force et une sémantique nationales, la réclamation de tous, à ce que le gouvernement va appeler, comme tous ses prédécesseurs (novation…) : le refus égoïste des cheminots gavés, privilégiés et gâtés. La réclamation nationale, c’est évidemment celle de la démocratie, premier degré de la participation et celle-ci impérative pour qu’effectivement les Français à l’unisson avancent et surtout inventent. Et puis assumer continuité et héritage, surtout quand on a été, moins en vue, mais autant ou presque aux manettes pendant le mandat précédent… Que notre déficit public « tombe » pour la première fois au-dessous des 3% du PNB tels qu’exigés par le  traité de Maastricht, cela ne s’est pas fait en un trimestre de confection et de votation budgétaire, mais en plusieurs années… peut-être obscures, dont l’efficacité se vérifiera surement.

Il y a eu tout à l’heure une barre sur la mer grise. En début d’après-midi c’était au profond de ce golfe du Morbihan, le film argenté, étincelant d’un fleuve : la marée montante. Maintenant voiles, supports et planches sont lavés et rangés.

Cette nuit, toutes les étapes de notre foi à revivre et réaffirmer, à motiver selon ce que nous avons reçu. Cent six catéchumènes dans le diocèse de Toulouse, une dizaine musulmans… taxi uber avant-hier soir. Le chauffeur Quoique de physique et d’accent locaux se dit musulman, il réagit  à l’évocation de ce qui se vit, la Semaine Sainte, il en sait le sens,  j’évoque la lecture la plus facile l’évangile de Luc, vous installer tranquillement lire d’affilée, avec whisky, vous laisser aller jusqu’à être arrêté par une phrase et alors y demeurer. Il acquiesce vivement et cite Cana, l’eau changée en vain. Kabyle, berbère donc, judéo-chrétien d’origine. Je prends son numéro de téléphone, il ne pratique pas l’internet. Je pense à mon voisin de salle d’attente aux urgences il y a quinze jours, lui-aussi musulman, sans pratique et craignant explicitement « le jugement ». Je lui rappelle l’ouverture de chaque sourate du Coran : Dieu miséricordieux et compatissant… et combien l’Eglise est depuis deux décennies ou trois en prière très insistante et prêchée, adonnée à la miséricorde divine.

 écrit rétrospectivement, dimanche de Pâques

08 heures 15 + Je termine maintenant ma méditation du Vendredi-Saint et les textes de l’Office de la Passion [1]. Oui, le roi de gloire… Quand Jésus leur répondit : « C’est moi, je le suis », ils reculèrent, et ils tombèrent à terre…  Es-tu le roi des Juifs ?  … Alors, tu es roi ?... Voici, votre roi… Vais-je crucifier votre roi ? Le premier converti, dans les heures et circonstances de la Passion, est bien Pilate, la plus haute autorité païenne de l’époque pour les Juifs et l’occupant. Il est sans a priori, c’est un sceptique : qu’est-ce que la vérité ? ce qui n’a pas empêché son discernement : moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation… Voyez, je vous l’amène dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation… Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher. Mais il est peureux, la foule, sa hiérarchie… si tu le relâches, tu n’es pas un ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur. C’est pourtant ce titre que reconnaît à Jésus le Romain : Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix ; il était écrit : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs ». Il a cru, il croit. Mais décisivement, pas la hiérarchie religieuse et sociale des contemporains du Christ : Alors les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate : « N’écris pas : ‘’Roi des Juifs’’, mais cet home a dit : je suis le roi des Juifs. Ce qu’en fait, Jésus n’a jamais dit, roi, totalement et simplement. C’est un autre Romain, témoin insigne de la mort du Rédempteur qui va au bout de la reconnaissance, mais ce n’est pas une observation de Jean : vraiment, cet homme était le Fils de Dieu [2]. Il manque évidemment – décisivement – le temps grammatical. Vraiment, cet homme est le Fils de Dieu. Les synoptiques ne rapportent d’ailleurs, mais quelle est leur source, sinon saint Jean ?  ou la Vierge Marie pour Luc ? qu’une reconnaissance encore incomplète : un juste…, fils de Dieu, il manque l’article défini, l’exclusif. Le Fils de Dieu, lui qui se présentait Lui-même, Fils de l’homme. Oui, adorer maintenant et toujours, embrasser ce qui porta et martyrisa la chair, la chair-même qui va ressusciter, ce qu’alors personne n’attend. Pas même, une espérance et une imagination. Alors que tout au long de Son ministère public, le Christ annonçant Sa passion chaque fois que l’enthousiasme prend Ses disciples, la lie à Sa résurrection et date celle-ci…

Roi, mais obéissant. Non par ordre, mais par Sa relation-même à Dieu, à Son Père, au Père. Ce n’est pas de la subordination, c’est de l’amour, c’est l’amour. Cette démonstration est le fond de notre rédemption. Le péché, à sa racine, a été désobéissance : Adam et Eve, les Hébreux au désert. La Rédemption est donc obéissance. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l‘obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel. C’est l’analyse de la lettre aux Hébreux. La chair humaine du Fils de Dieu fait homme, est portée à sa perfection, c’est ainsi qu’elle va mourir, ainsi qu’elle ressuscitera. Humain parmi les hommes, Jésus va au bout de la logique ineffable de la Rédemption , ce qu’a prophétisé Isaïe. Il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs. C’est vivre et réaliser absolument la dialectique du Magnificat et des Béatitudes : l’inversion de toute hiérarchie, de toute possession, de toute situation…parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissant il partagera le butin, car il s’est dépouillé lui-même.

L’église de Noyalo… Marguerite et moi y sommes arrivés en avance… tout était marron, tout était bois, images que je n’ai pas eu le réflexe de saisir, ce sera l’an prochain si Dieu me le donne en vie et en prière. Ce qu’il me vient alors…  la grâce d’être vieux, malade et, un jour pour nous tous, la grâce d’être mourant : c’est la proximité de Dieu, alors je ne suis même pas en demande, je suis dépendance, porté, emporté. – Homélie du Père Gwenaël. Les trois dons du Jeudi-Saint, la charité en acte, le sacerdoce, l’eucharistie… les trois dons du Vendredi-Saint : l’humilité, le salut, la liberté. Nos croix fleurissent avec le Christ, accepter notre croix avec espérance, et celle du Christ avec confiance.

Extrait d’une lettre d’un catéchumène à Toulouse, que nous lisait le matin du Jeudi-Saint, le cher Dom Robert : il y a des larmes d’amour qui durent plus longtemps que les étoiles du ciel.


[1] - Isaïe LII 13 à LIII 12 ; psaume XXXI ; lettre aux Hébreux IV 14 à 16 & V 7 à 9 ; évangile selon saint Jean XVIII 1 à XIX 42
[2] - A la vue de ce qu’il s’était passé, le centurion glorifiait Dieu, en disant : « Sûrement, cet homme était un juste » . évangile selon saint Luc XXIII 47 – Voyant qu’il avait ainsi expiré, le centurion, qui se tenait en face de lui, s’écrira  « Vraiment cet homme était fils de Dieu » . évangile selon saint Marc XV 39 -  Quant au centurion et aux hommes qui étaient avec lui gardaient Jésus, à la vue du séisme et de ce qu’il se passait, ils furent saisis d’une grande frayeur et dirent : « Vraiment celui-ci était fils de Dieu » . évangile selon saint Matthieu XXVII 54



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