dimanche 5 janvier 2014

l’obscurité recouvre la terre, les ténèbres couvrent les peuples, mais sur toi se lève le Seigneur - textes du jour

Dimanche 5 Janvier 2014 - solennité de l'Epiphanie




Tandis que le jour hésite, prévu par nos habitudes et selon les théories, tandis que partout la vie hésite même à se battre, prier…[1] faisant taire ma voix jusqu’à ce que ma bouche trouve ou reçoive celle de l’action de grâces et mes mains, nos mains, comme en cette nuit celles du partage et de l’abandon. Quand ils virent l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie. En entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Nous suivons, nous pouvons suivre l’inspiration de l’Esprit Saint : l’étoile, et nous pouvons nous-mêmes, sans en être forcément conscients, prophétiser : les présents sont chacune des étapes de la vie temporelle du Christ. Dialogue dans l’histoire humaine : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. Les « mages », les « rois mages » venus d’Orient, du soleil levant ne savent que deux choses sur le Christ : il est roi et d’un peuple qui n’est pas le leur, il est nouveau-né. Celui qu’ils découvrent est dans la pauvreté, le dénuement, il est ignoré de tous et d’abord des pouvoirs publics. C’est l’Ecriture, nos acquis, l’Eglise pour nous les « fidèles » qui donnent les indications selon nos temps et circonstances : donc Bethléem en Judée… un chef, qui sera le berger d’Israël. Mais pour vraiment trouver, puis savoir que faire ensuite, l’Esprit Saint, le baptême, la foi reçue personnellement. Ce mystère, Il ne l’avait pas fait connaître aux hommes des générations passées, comme Il l’a révélé maintenant par l’Esprit à ses saints Apôtres et à ses prophètes. Et quel est-il, celui dont les rois-mages ouvrent la chaine immense des chronologies jusqu’aujourd’hui et surtout pour demain selon notre témoignage puis celui de nos propres descendants dans la foi reçue des Apôtres… Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile. Pas seulement nous entretenir entre nous, au chaud prétendu de nos habitudes et de l’Eglise telle qu’elle est, mais ouverts à tous frémissements, à toutes rencontres, la touche de l’Esprit Saint en tous. Roi des Juifs, certes, mais pour tous. Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront.  Pas Hérode… en ces jours-là, fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des lunes. … Les nations marcheront vers ta lumière… tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi avec les richesses des nations. Leçon implicite d’économie politique (Adam SMITH et son œuvre inaugurale de la discipline…), définir ce qu’est la richesse, car nous ne vivons plus que selon les lois de la prédation, un marché de la prédation qui ne discrimine plus entre richesse et puissance, entre être intrinsèque et donc bien commun d’une part et la libido, la volonté de puissance d’autre part… L’obscurité recouvre la terre, les ténèbres couvrent les peuples, mais sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi.


[1] - Isaïe LX 1 à 6 ; psaum LXXII ; Paul aux Ephésiens III 2 à 6 passim ; évangile selon saint Matthieu II 1 à 1

samedi 4 janvier 2014

venez, et vous verrez - textes du jour




Belle et Sébastien, larmes aux yeux. Marguerite que j’ai d’abord prsque trainée au cinéma avec le prétexte de laisser Maman respirer, seule, et aussi de courses à enfiler les unes après les autres, viande des chiens, location de voiture, tablette et connexion, a pleuré, dit-elle, surtout Vanille. Déjà commence de s’effacer l’habitude de vie avec lui, de sa vie. Il entre dans le pays du souvenir et nous n’y ferons plus que des visites. Il est encore présent pour notre fille – Les souris [1] ont attaqué la précieuse collection des Signes de piste, années 1940, édition origine, papier couleur d’emballages des périodes de guerre et de disette en tout… Un choc de tristesse : la durée, la possession n’existent pas. Tout se perd,s e gâche, se détruit, les mites aussi. Nous-mêmes par nous-mêmes plus encore que physuologiquement. – Tournant dans nos retrouvailles conjugales, ma détresse telle que Hugues m’appelle au téléphone… la relation avec chacun de mes frères qui peut reprendre mais pas sur un modèle pré-envisagé, et selon chacun, non selon moi. Avec mon beau-frère, dans la maison familiale, à mille kilomètres de nous, l’intimité du téléphone, la tâche commune de veiller sur mes beaux-parents, les parents de ma chère femme, ses parents, des relations nouvelles se font. Le point commun entre tous, entre tous les vivants, c’est bien la mort. Les accumulations, les miennes, matériellement sauf en comptes bancaire, les pharaons, eux-mêmes ou dans la pensée de leurs sujets pensaient partir avec des pyramides entières.
La première désaccumulation est probablement une autre attente dans la vie « sociale » et politique. Les derniers constats de ces jours-ci (incapacité à entrainer les Européens en Afrique tout simplement parce que nous n’avons pass depuis longtemps les prendre avec nous et que nous soutenons, ce qu’ils savent, d’affreux régimes… domination plus mentale que stratégique ou de rapport de puissance à puissance : le couple HOLLANE-MERKEL où nous n’avons jamais été si petits, humiliés donc et bien par notre faute… des réformes dont personne ne veut ou n’a besoin,, circonscriptions territoriales ou prélèvement à la source… absence totale de diagnostic sur ce dont nous souffrons), ces constats m’ont mis à terre mais détaché. N’espérer plus que l’indicible pour notre pays puisqu’aucun de ses systèmes actuels ne peut le redreser. Constat m’émancipant et me libérant d’un système psychologique, le mien sans répondant. Je m’enchaînais à des cadavres, au mien pour le futur. Je sors !
Prier… ni attente, ni espérance, mais vie quotidienne. Le récit de Jean, pêcheur de son état et en famille, qui trouve le temps et a le goût de suivre l’enseignement de Jean-Baptiste et tout naturellement, il va à Jésus selon l’indication de son premier maître. Simplicité et naturel, détente, c’est alors que le plus important se fait, très paisiblement. Jean met si souvent en scène Pierre : le reniement, la course au tombeau, la vocation. Il est témoin du commencement et de la fin, de tout, sans tension. Jésus posa son regard sur lui et dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Képha ». Ce qui veut dire : pierre. Dans la version johannique, pas même un appel à suivre. D’ailleurs André et Jean ne sont pas appelés : ils le suivaient. Que cherchez-vous ? dans le tourbillon où dans la plupart des instants de ma vie où j’allais m’effondrer, est-ce la question que je prends le temps de me poser ? C’est le fait d’être terrassé qui me la met au cœur, qui me met en demande jusqu’à parvenir à cette interrogation, maintenant… Que cherchez vous ? … Maître, où demeures-tu ? Mal dites, ce sont déjà l’attente et la question du Royaume : où ? puis : qui ? puis : comment ? Venez et vous verrez… Nous avons trouvé le Messie. C’est aussi péremptoire que rapidement exposé, mais ils l’accompagnèrent, ils virent où il demeurait, et ils restèrent après de lui ce jour-là. C’était vers quatre heures du soir. On ne discerne pas bien si c’est l’heure de la rencontre, du début ou si c’est l’heure à laquelle ils quittent le Christ pour s’en retourner chez eux. La certitude qui se dégage du texte est d’une paix et d’une familiarité, extrêmement simples, ambianates. Ce texte est reposant, il n’est incisif que dans la prière. Dieu comprend notre besoin de calme et de douceur. La discusion, la remise en route de notre vie, la conversion à la vie, nous qui mourions, moi qui mourait : la dépression, c’est la visite de la mort, c’est la préférence insidieuse pour celle-ci, pour cet état… bien le contraire de notre naissance à la vie et à Dieu… l’homme qui est né de Dieu [2]
Comment ai-je pu ne pas le percevoir ? j’attendais la vie de gens qui sont morts, au moins pour ce qui concerne ce que j’attendais d’eux : une action et une clairvoyance de notre ambassadeur en Mauritanie, alors que celui-ci de mois en mois, malgré ma pression, notre corresponance… renforce la révérence française envers un putschiste, nonobstant tous les engagements de l’élu du 6 Mai 2012 d’éraadiquer la « françafrique »… un diagnostic, la reprise des outils tombés à terre ou glissés de nos mains selon ses prédécesseurs, je les ai attendus dix-huit mois de l’actuel président, mendiant un quart d’heure bi-mensuel pour simplement dire ce que tout le monde pense et dit : mes yeux se sont dessillés quand j’ai compris la dialecique de groupe en Conseil européen sur les questions de défense dont aucun des diirgeants européens n’a la moindre approche indépendantiste, et quand j’ai lu la petite blague au dîner du CRIF qui, dans l’exécrable communication de nos pouvoirs publics actuels a pu devenir une insulte de la France à l’Algérie et faire tirer : les Français n’aiment pas les Algériens. Une telle inconséquence de notre premier représentant est impardonnable, ne pas savoir que toute parole présidentielle dans notre régime a un poids dont le retentissement est imprévisible. La logorrhée sur la fiscalité et pour la justifier est inaudible et hors sujet, chacun sait qu’il faut payer des imppots. La question est ce que l’on en fait. Quand un président n’est plus maître de la parole publique… j’ai lâché prise en quelques lignes, peut-être une seule phrase du Canard enchaîné. Il ne me reste plus que la pitié, du moins vais-je appliquer mon affecivité et mon empathie ailleurs et autrement. Sans passer à qui que ce soi d’autre puisque le génie des dirigeants français – du pays et des entrepises – est depuis vingt ans (le ministère BALLADUR) l’art de gaspiller tout. Heureusement, même dans l’incident franco-algérien révélateur autant d’une considérable lacune présidentielle que d’une susceptibilité peu intelligente de nos partenaires, il y a la poossibilité de la vie, et même la preuve par la vie, car l’avenir franco-algérien se fait de la manière la plus heureuse. Plus entre Etats, plus entre soldats, plus entre colons et domestiques, plus en terre algérienne-même, mais chez nous où les Algériens d’origine sont plus français souvent que les Français d’origine : l’auteur narrateur, réalisatrice de télévision il y a trente ans, épouse un Algérien qui lui donne un admirable Mehdi, acteur maintenant (probablement le médecin passeur de Juifs…) après l’avoir été sur le petit écran, Mehdi auquel succède aujourd’hui un charmant petit BOSSUET…
Je reviens aux textes tandis que vent, tempête et pluie, le jour se lève entre deux eaux, sans soleil, mais vie et rythme … mes petits enfants, ne vous laissez égarer par personne. Je ne suis plus ce matin qu’un enfant, couché dans une mangeoire, pauvre, nu… mais le dépouillement est un chemin : celui qui commet le péché appartient au diable, car, depuis le commencement, le diable est pécheur. Si je suis tombé ces jours-ci, quantité d’événements grands ou petits, affectifs ou concrets, ressentis subjectvement ou reçus presque physiquement, peuvent l’expliquer : harrassé d’adversité à ma mesure, car d’autres, plus qu’ils n’en peuvent, en reçoivent d’inifiniment plus terrible, à perdre toute conscience de soi que l’atrocité de la condition humaine quand entre eux les hommes se la détruisent, au moins la masquent… mais c’est à terre, que j’ai vu le diable, qui s’appelle mort, et la mort veut notre mort. Alors que Dieu en fait notre passagé, notre libération, elle est tout autre qu’elle se veut, se prétend et que nous l’imaginons. Sourire de ma chère belle-mère, gisante, souffrante mais se reposant et nous avec elle. C’est pour détruire les œuvres du diable que le Fils de Dieu est apparu.


[1] - écriture automatique, j’avais écrit : sourires
[2] - 1ère lettre de Jean III 7 à 10 ; psaume CXVIII ; évangile selon saint Jean I 35 à 42
 

vendredi 3 janvier 2014

nous serons semblables à Lui parce que nous Le verrons tel qu'Il est - textes du jour

Vendredi 3 Janvier 2014



Hier soir, le plus grand chagrin de ma vie. La réaction, la posture immédiate de notre trésor : et où est Vanille ? – Il a été tué, il est mort, mon trésor – Ne pas pleurer, surtout ne pas pleurer, être joyeux, continuer, ne pas pleurer. Un enfant atrophie son affectivité ? il s’y force pour ne pas mourir de douleur, de chagrin, de cette amputation décisive qu’est la mort de qui l’on aime, et l’innocence absolue de l’animal, plus encore sa vulnérabilité et son préjugé de proximité bienveillante, quand il est de la famille. Malheur à celui par qui… et pourtant miséricorde et compassion universels… le pauvre type qui, au fusil, a tué trois de nos chiens, à bout portant, à pas cent mètres de notre maison … Vie qui est la nôtre : aimer rend responsable, je ne peux déserter de rien. Il n’y a pas d’alternative à l’amour. Haine ou ou indifférence ne sont que néant.
Je prie par ce que je vis et ce que nous vivons. Quant à notre pays, il n’a jamais été aussi mal gouverné depuis les catastrophiques années 30 quand les gouvernements étaient une commission parlementaire aux manettes pour six mois de palabres. Aujourd’hui, le pays est déjà exproprié de ses actifs, de ses acquis, de son expérience de lui-même, est maintenant exproprié des chances que lui donne parfois la conjoncture. Ajoutant l’incitation à la haine en son sein comme entre tous acteurs politiques, l’opposition offre un modèle aussi désespérant que le vide brouillon des pouvoirs publics auxquels en son temps, elle n’avait rien apporté… cette opposition dogmatique et copieuse du pire chez ses chefs et bien-pensante chez ses adeptes est encore plus minable que le gouvernement : syndrome de Sigmaringen pour celui-ci, querelles constantes de cheffaillons auto-proclamés pour l’autre. Pleure, ô pays bien aimé !
Je tremble pour nous et je ne peux qu’envelopper de mon pauvre amour celles qui me sont confiées. Expérience quotidienne de l’impuissance en tout, sinon compatir et aimer. Essayer, tenter de protéger, d’édifier. Guetter d’où vient, peut venir la lumière… Oui, j’ai vu, et je rends ce témoignage : c’est lui le Fils de Dieu.[1] Jésus, Dieu fait homme, l’inconnu, même pour son cousin qui avait été sensible à sa venue quoique chacun soit encore en gestation. Une connaissance de Dieu, une identification de Celui-ci qui ne peut nous être donnée que par Lui-même. Je ne le connaissais pas… Je ne le connaissais pas. L’inspiration et le signe. Déchiffrement de nos propres circonstances. L’événement : voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. Le mal, c’est le péché et nous sommes pécheurs, malfaisants pour autruio, pour nous-mêmes, pour toute la création. Mystère que nous soyons ainsi nuisibles, face à Dieu. Sommes-nous lucides si nous péchons, si aveugles pour que nous péchions ? je ne sais, c’est la question de ma vie spirituelle, mais elle ne m’obsède pas, elle est presque intellectuelle, elle ests en faut hors sujet, et hors vie spirituelle : celle-ci ne peut être que consentement vécu et prié à la présence de Dieu en moi. Nos limites, mes limites, qu’y pouvons-nous sinon courir dans les bras de Qui nous en délivre. Ce qu’il nous appartient d’être et de faire, c’est d’aimer et cela suppose de nous donner. Ce qui est sans cesse à refaire et à reprendre tant nos mouvements, nos regards et nos actions sont repliés vers nous-mêmes, nous projetons sans cesse sur la création et sur autrui notre petitesse. Lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à Lui parce que nous Le verrons tel qu’il est. Et voici l’anticipation : le Précurseur désigne et identifie, authentifie Celui qui vient. Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Ma détresse et mon souci de qui j’aime a la dimension-même de l’espérance qui m’est donnée, celle-ci d’autant plus grande que je ne vois rien. De loin en loin, ces mois-ci, quelques pépites et étincelles de lumière par la parole ou le geste de qui j’aime, par la constance de vie et d‘intensité de vie, que je peux croire bonheur de vivre, celle de notre fille. Du moins y a-t-il une dialectique… tandis que ces enterrés-vifs dans le désert d’une affectivité qui n’a plus ni sujet ni objet, alors le désespoir n’est plus même un manque et n’a aucun mot. Deux ou trois visages me sont ici présents, et ce que je sais ou ce qu’ils me disent de leur existence en parcours et en l’état. Lassitude somnambulique des inassouvis qui n’ont pu que vieillir sans avoir apparemment avancé et qui croient n’avoir jamais rien reçu ?. Dieu veuille nous bénir : pays et humains amputés, atrophiés mais encore assez vivants pour recevoir si advenait… alors, à la vue de quelques-uns dont la foi est consciente car Dieu leur donne la grâce de la maintenir en eux…il y a cela que « placarde » l’Apôtre … puisque vous savez que Dieu est juste (qu’en pense et qu’en vit notre fille ? elle n’a pas récriminé hier soir, nous avons prié pour notre chien comme pour ma belle-mère, comme pour ma chère femme, le monde et nous-mêmes faisant un dans notre peu de paroles et notre très humble récitation)  reconnaissez aussi que tout homme qui vit selon la justice de Dieu est vraiment né de Lui. La Genèse, non plus le récit et la parabole, non plus l’explication, non plus un commencement imagé mais d’autant plus mystérieux, simple et si incommensurable… mais la réalité quotidienne pour chacun de nous : vraiment né de Lui.
Me relisant pour relever les fautes de « frappe », j’ai envie d'écrire ce que je sais : nous sommes sauvés parce que nous nous aimons les uns les autres. Sauvés de nous-mêmes, des circonstances, enlevés de nos impasses, débarrassés de nos lourdeurs. Oui, Seigneur, je crois, nous croyons. Si douloureuse soit la souffrance et la mort imposées à deux innocences, notre animal et la petite fille, grandissant en âge et en sagesse, si forte déjà, lucide, aimante, enfant pourtant et primesautière… qui s’était attaché à ce rejeton d’une chienne si affectionnée et qu’on nous a empoissonné. Oui, Seigneur, je te prie, nous Te prions, nous Vous prions.


[1] - 1ère lettre de Jean II 29 à III 6 ; psaume XCVIII ; évangile selon saint Jean I 29 à 34

jeudi 2 janvier 2014

au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c'est lui qui vient derrière moi, et je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale - textes du jour

Jeudi 2 Janvier 2014


                  Grâces à Dieu. Ce matin où le jour arrive… prier [1] celui que vous ne connaissez pas… ce que le Fils lui-même nous a promis, c’est la vie éternelle… Vous êtes instruits de tout par cette onction, qui est vérité et non pas mensonge : suivant ce qu’elle vous a enseigné, vous demeurez en Lui. … Par son bras très saint, par sa main puissante, Il s’est assuré la victoire.  Les clés éclatantes, brîlantes de notre foi en nos mains : la pauvreté de ces mains, les nôtres que Dieu pourtant protège de Son souffle et de Sa grâce en sorte qu’elles ne brûlent pas, qu’artistes,fécondes, actives ou au repos, elles sont fécondes et qu’elles peuvent caresser humainement qui nous aimons et embrassons, et se joindre avec tant d’autres, les préférées et choisies, comme les détestées, les inconnues, les rapeuses, les mensongères, les très douces, celles attendues et celles de hasard, se joindre pour implorer, saluer, remercier, donner.


[1] - 1ère lettre de Jean II 22 à 28 ; psaume XCVVIII ; évangile selon saint Jean I 19 à 28

mercredi 1 janvier 2014

ils avaient entendu et vu selon ce qui leur avait été annoncé - textes du jour

Mercredi 1er Janvier 2014



C’est souvent l’inconnu qui est le plus certain tandis que joie, apaisement sont toujours surprenants. Rien dans le monde et en nous ne s’apaisera sans un changement profond : y suis-je prêt ? y sommes-nous prêts ? Prier… [1] feu et poêle, c’est la chaleur qui embrase de part en part, ce ne sont pas les léchouilles ds flammes sur le bois. Les bénédictions qui ne sont pas commencement mais permanence : Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix ! Pratique institué par Moïse : c’st ainsi que mon nom sera prononcé sur les fils d’Israel, et moi, je les bénirai. Apostrophe particulière mais pour tout un peuple, les personnes et ce qu’elles forment ensemble. L’homme à l’image et à la ressemblance de Dieu, retrouve dans le visage du Créateur le reflet et la vérité de son origine et de toutes perspectives, humaines et divines enfin confluentes, réunies. Le psalmiste nous fait faire écho et redondance : Que son visage s’illumine pour nous… alors le monde change, celui qui nous paraît tellement « raté » ces temps-ci… et ton chemin sera connu sur la terre, ton salut, parmi toutes les nations. Que se réalise, que commence de se réaliser cette bénédiction, alors… tout le monde s’étonnait de ce que racontaient les bergers. Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. C’est sa disponibilité qui la rend féconde, qui la fait contemplative. Voici la preuve que vous êtes des fils : envoyé par Dieu, l’Esprit de son Fils est dans nos cœurs, et il crie vers le Père en l’appelant : Père.


[1] - Nombres VI 22 à 27 ; psaume LXVII ; Paul aux Galates IV 4 à 7 ; évangile selon saint Luc  II 16 à 21

la fraternité, fondement et route pour la paix - message du pape François


POUR LA CÉLÉBRATION DE LA  JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX, 1er JANVIER 2014 

1. Dans mon premier message pour la Journée mondiale de la Paix je désire adresser à tous, personnes et peuples, le vœu d’une existence pleine de joie et d’espérance. Dans le cœur de chaque homme et de chaque femme habite en effet le désir d’une vie pleine, à laquelle appartient une soif irrépressible de fraternité, qui pousse vers la communion avec les autres, en qui nous ne trouvons pas des ennemis ou des concurrents, mais des frères à accueillir et à embrasser.  En effet, la fraternité est une dimension essentielle de l’homme, qui est un être relationnel. La vive conscience d’être en relation nous amène à voir et à traiter chaque personne comme une vraie sœur et un vrai frère ; sans cela, la construction d’une société juste, d’une paix solide et durable devient impossible. Et il faut immédiatement rappeler que la fraternité commence habituellement à s’apprendre au sein de la famille, surtout grâce aux rôles responsables et complémentaires de tous ses membres, en particulier du père et de la mère. La famille est la source de toute fraternité, et par conséquent elle est aussi le fondement et la première route de la paix, puisque par vocation, elle devrait gagner le monde par son amour. Le nombre toujours croissant d’interconnexions et de communications qui enveloppent notre planète rend plus palpable la conscience de l’unité et du partage d’un destin commun entre les Nations de la terre. Dans les dynamismes de l’histoire, de même que dans la diversité des ethnies, des sociétés et des cultures, nous voyons ainsi semée la vocation à former une communauté composée de frères qui s’accueillent réciproquement, en prenant soin les uns des autres. Mais une telle vocation est encore aujourd’hui souvent contrariée et démentie par les faits, dans un monde caractérisé par cette “ mondialisation de l’indifférence ”, qui nous fait lentement nous “ habituer ” à la souffrance de l’autre, en nous fermant sur nous-mêmes.  Dans de nombreuses parties du monde, la grave atteinte aux droits humains fondamentaux, surtout au droit à la vie et à la liberté religieuse ne semble pas connaître de pause. Le tragique phénomène du trafic des êtres humains, sur la vie et le désespoir desquels spéculent des personnes sans scrupules, en représente un exemple inquiétant. Aux guerres faites d’affrontements armés, s’ajoutent des guerres moins visibles, mais non moins cruelles, qui se livrent dans le domaine économique et financier avec des moyens aussi destructeurs de vies, de familles, d’entreprises.
Comme l’a affirmé Benoît XVI, la mondialisation nous rend proches, mais ne nous rend pas frères. 1 En outre, les nombreuses situations d’inégalités, de pauvreté et d’injustice, signalent non seulement une carence profonde de fraternité, mais aussi l’absence d’une culture de la solidarité. Les idéologies nouvelles, caractérisées par un individualisme diffus, un égocentrisme et un consumérisme matérialiste affaiblissent les liens sociaux, en alimentant cette mentalité du “ déchet ”, qui pousse au mépris et à l’abandon des plus faibles, de ceux qui sont considérés comme “ inutiles ”. Ainsi le vivre ensemble humain devient toujours plus semblable à un simple ‘do ut des’ pragmatique et égoïste.  En même temps, il apparaît clairement que les éthiques contemporaines deviennent aussi incapables de produire des liens authentiques de fraternité, puisqu’une fraternité privée de la référence à un Père commun, comme son fondement ultime, ne réussit pas à subsister. 2 Une fraternité véritable entre les hommes suppose et exige une paternité transcendante. À partir de la reconnaissance de cette paternité, se consolide la fraternité entre les hommes, c’est-à-dire l’attitude de se faire le “ prochain ” qui prend soin de l’autre.  « Où est ton frère » (Gn 4, 9) 2. Pour mieux comprendre cette vocation de l’homme à la fraternité, pour reconnaître de façon plus adéquate les obstacles qui s’opposent à sa réalisation et découvrir les chemins de leur dépassement, il est fondamental de se laisser guider par la connaissance du dessein de Dieu, tel qu’il est présenté de manière éminente dans la Sainte Écriture. Selon le récit des origines, tous les hommes proviennent de parents communs, d’Adam et Ève, couple créé par Dieu à son image et à sa ressemblance (cf. Gn 1, 26), de qui naissent Caïn et Abel. Dans l’événement de la famille primitive, nous lisons la genèse de la société, l’évolution des relations entre les personnes et les peuples. Abel est berger, Caïn est paysan. Leur identité profonde et à la fois leur vocation, est celle d’être frères, aussi dans la diversité de leur activité et de leur culture, de leur manière de se rapporter à Dieu et au créé. Mais le meurtre d'Abel par Caïn atteste tragiquement le rejet radical de la vocation à être frères. Leur histoire (cf. Gn 4, 1-16) met en évidence la tâche difficile à laquelle tous les hommes sont appelés, de vivre unis, en prenant soin l’un de l’autre. Caïn, n’acceptant pas la prédilection de Dieu pour Abel qui lui offrait le meilleur de son troupeau – « le Seigneur agréa Abel et son offrande, mais il n’agréa pas Caïn et son offrande » (Gn 4, 4-5) – tue Abel par jalousie. De cette façon, il refuse de se reconnaître frère, d’avoir une relation positive avec lui, de vivre devant Dieu, en assumant ses responsabilités de soin et de protection de l’autre. À la question : « Où es ton frère ? », avec laquelle Dieu interpelle Caïn, lui demandant compte de son œuvre, il répond : « Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ? » (Gn 4, 9). Puis nous dit la Genèse, « Caïn se retira de la présence du Seigneur » (4, 16). Il faut s’interroger sur les motifs profonds qui ont entrainé Caïn à méconnaître le lien de fraternité et, aussi le lien de réciprocité et de communion qui le liait à son frère Abel. Dieu lui- même dénonce et reproche à Caïn une proximité avec le mal : « le péché n’est-il pas à ta porte ? » (Gn 4, 7). Caïn, toutefois, refuse de s’opposer au mal et décide de « se jeter sur son frère Abel » (Gn  4, 8), méprisant le projet de Dieu. Il lèse ainsi sa vocation originaire à être fils de Dieu et à vivre la fraternité.  Le récit de Caïn et d’Abel enseigne que l’humanité porte inscrite en elle une vocation à la fraternité, mais aussi la possibilité dramatique de sa trahison. En témoigne l’égoïsme quotidien qui est à la base de nombreuses guerres et de nombreuses injustices : beaucoup d’hommes et de femmes meurent en effet par la main de frères et de sœurs qui ne savent pas se reconnaître tels, c’est-à-dire comme des êtres faits pour la réciprocité, pour la communion et pour le don.  « Et vous êtes tous des frères » (Mt 23, 8)

2. La question surgit spontanément : les hommes et les femmes de ce monde ne pourront- ils jamais correspondre pleinement à la soif de fraternité, inscrite en eux par Dieu Père ? Réussiront- ils avec leurs seules forces à vaincre l’indifférence, l’égoïsme et la haine, à accepter les différences légitimes qui caractérisent les frères et les sœurs ?  En paraphrasant ses paroles, nous pourrions synthétiser ainsi la réponse que nous donne le Seigneur Jésus : puisqu’il y a un seul Père qui est Dieu, tous êtes tous des frères (cf. Mt 23, 8-9). La racine de la fraternité est contenue dans la paternité de Dieu. Il ne s’agit pas d’une paternité générique, indistincte et inefficace historiquement, mais bien de l’amour personnel, précis et extraordinairement concret de Dieu pour chaque homme (cf. Mt 6, 25-30). Il s’agit donc d’une paternité efficacement génératrice de fraternité, parce que l’amour de Dieu, quand il est accueilli, devient le plus formidable agent de transformation de l’existence et des relations avec l’autre, ouvrant les hommes à la solidarité et au partage agissant.  En particulier, la fraternité humaine est régénérée en et par Jésus Christ dans sa mort et résurrection. La croix est le “ lieu ” définitif de fondation de la fraternité, que les hommes ne sont pas en mesure de générer tout seuls. Jésus Christ, qui a assumé la nature humaine pour la racheter, en aimant le Père jusqu’à la mort, et à la mort de la croix (cf. Ph 2, 8), nous constitue par sa résurrection comme humanité nouvelle, en pleine communion avec la volonté de Dieu, avec son projet, qui comprend la pleine réalisation de la vocation à la fraternité.  Jésus reprend depuis le commencement le projet du Père, en lui reconnaissant le primat sur toutes choses. Mais le Christ, dans son abandon à la mort par amour du Père, devient principe nouveau et définitif de nous tous, appelés à nous reconnaître en Lui comme frères parce qu’enfants du même Père. Il est l’Alliance même, l’espace personnel de la réconciliation de l’homme avec Dieu et des frères entre eux. Dans la mort en croix de Jésus, il y a aussi le dépassement de la séparation entre peuples, entre le peuple de l’Alliance et le peuple des Gentils, privé d’espérance parce que resté étranger jusqu’à ce moment aux engagements de la Promesse. Comme on lit dans la Lettre aux Éphésiens, Jésus Christ est celui qui réconcilie en lui tous les hommes. Il est la paix puisque des deux peuples il en a fait un seul, abattant le mur de séparation qui les divisait, c’est-à- dire l’inimitié. Il a créé en lui-même un seul peuple, un seul homme nouveau, une seule humanité nouvelle (cf. 2, 14-16). Celui qui accepte la vie du Christ et vit en Lui, reconnaît Dieu comme Père et se donne lui- même totalement à Lui, en l’aimant au-dessus de toute chose. L’homme réconcilié voit en Dieu le Père de tous et, par conséquent, il est incité à vivre une fraternité ouverte à tous. Dans le Christ, l’autre est accueilli et aimé en tant que fils ou fille de Dieu, comme frère ou sœur, non comme un étranger, encore moins comme un antagoniste ou même un ennemi. Dans la famille de Dieu, où tous sont enfants d’un même Père, et parce que greffés dans le Christ, fils dans le Fils, il n’y a pas de “ vies de déchet ”. Tous jouissent d’une dignité égale et intangible. Tous sont aimés de Dieu, tous ont été rachetés par le sang du Christ, mort et ressuscité pour chacun. C’est la raison pour laquelle on ne peut rester indifférent au sort des frères. 
La fraternité, fondement et route pour la paix 

3. Cela posé, il est facile de comprendre que la fraternité est fondement et route  pour la paix. Les Encycliques sociales de mes prédécesseurs offrent une aide précieuse dans ce sens. Il serait suffisant de se référer aux définitions de la paix de Populorum progressio de Paul VI ou de Sollicitudo rei socialis de Jean-Paul II. De la première nous retirons que le développement intégral des peuples est le nouveau nom de la paix. 3 De la seconde, que la paix est opus solidaritatis. 4 Paul VI affirmait que non seulement les personnes mais aussi les Nations doivent se rencontrer dans un esprit de fraternité. Et il explique : « Dans cette compréhension et cette amitié mutuelles, dans cette communion sacrée, nous devons […] œuvrer ensemble pour édifier l’avenir commun  de  l’humanité ». 5 Ce devoir concerne en premier lieu les plus favorisés. Leurs obligations sont enracinées dans la fraternité humaine et surnaturelle et se présentent sous un triple aspect : le devoir de solidarité, qui exige que les nations riches aident celles qui sont moins avancées ; le devoir de justice sociale qui demande la recomposition en termes plus corrects des relations défectueuses entre peuples forts et peuples faibles ; le devoir de charité universelle, qui implique la promotion d’un monde plus humain pour tous, un monde dans lequel tous aient quelque chose à donner et à recevoir, sans que le progrès des uns constitue un obstacle au développement des autres. 6 Ainsi, si on considère la paix comme opus solidaritatis, de la même manière, on ne peut penser en même temps, que la fraternité n’en soit pas le fondement principal. La paix, affirme Jean-Paul II, est un bien indivisible. Ou c’est le bien de tous ou il ne l’est de personne. Elle peut être réellement acquise et goûtée, en tant que meilleure qualité de la vie et comme développement plus humain et durable, seulement si elle crée de la part de tous, « une détermination ferme et persévérante à s’engager pour le bien commun » 7 . Cela implique de ne pas se laisser guider par « l’appétit du profit » et par « la soif du pouvoir ». Il faut avoir la disponibilité de « “ se perdre ” en faveur de l’autre au lieu de l’exploiter, et de “ le servir ” au lieu de l’opprimer pour son propre avantage. […] L’“ autre ” – personne, peuple ou nation – [n’est pas vu] comme un instrument quelconque dont on exploite à peu de frais la capacité de travail et la résistance physique pour l’abandonner quand il ne sert plus, mais comme notre “ semblable ”, une “ aide ”. 8  La solidarité chrétienne suppose que le prochain soit aimé non seulement comme « un être humain avec ses droits et son égalité fondamentale à l’égard de tous, mais [comme] l’image vivante de Dieu le Père, rachetée par le sang du Christ et objet de l’action constante de l’Esprit Saint » 9 , comme un autre frère. « Alors – rappelle Jean-Paul II - la conscience de la paternité commune de Dieu, de la fraternité de tous les hommes dans le Christ, “ fils dans le Fils ”, de la présence et de l’action vivifiante de l’Esprit Saint, donnera à notre regard sur le monde comme un nouveau critère d’interprétation », 10 pour le transformer.

Fraternité, prémisse pour vaincre la pauvreté 

5. Dans Caritas in veritate, mon Prédécesseur rappelait au monde combien le manque de fraternité entre les peuples et les hommes est une cause importante de la pauvreté. 11 Dans de nombreuses sociétés, nous expérimentons une profonde pauvreté relationnelle due à la carence de solides relations familiales et communautaires. Nous assistons avec préoccupation à la croissance de différents types de malaise, de marginalisation, de solitude et de formes variées de dépendance pathologique. Une semblable pauvreté peut être dépassée seulement par la redécouverte et la valorisation de rapports fraternels au sein des familles et des communautés, à travers le partage des joies et des souffrances, des difficultés et des succès qui accompagnent la vie des personnes. En outre, si d’un côté on rencontre une réduction de la pauvreté absolue, d’un autre, on ne peut pas ne pas reconnaître une grave croissance de la pauvreté relative, c’est-à-dire des inégalités entre personnes et groupes qui vivent dans une même région, ou dans un même contexte historico- culturel. En ce sens, sont aussi utiles des politiques efficaces qui promeuvent le principe de la fraternité, assurant aux personnes – égales dans leur dignité et dans leurs droits fondamentaux – d’accéder aux « capitaux », aux services, aux ressources éducatives, sanitaires, technologiques afin que chacun ait l’opportunité d’exprimer et de réaliser son projet de vie, et puisse se développer pleinement comme personne.  On reconnaît aussi la nécessité de politiques qui servent à atténuer une répartition inéquitable excessive du revenu. Nous ne devons pas oublier l’enseignement de l’Eglise sur ce qu’on appelle l’hypothèque sociale, sur la base de laquelle, comme le dit saint Thomas d’Aquin, il est permis et même nécessaire « que l’homme ait la propriété des biens » 12 , quant à l’usage, « il ne doit jamais tenir les choses qu’il possède comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme communes, en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui mais aussi aux autres ». 13 Enfin, il y a une dernière manière de promouvoir la fraternité – et ainsi de vaincre la pauvreté – qui doit être à la base de toutes les autres. C’est le détachement de celui qui choisit d’adopter des styles de vie sobres et basés sur l’essentiel, de celui qui, partageant ses propres richesses, réussit ainsi à faire l’expérience de la communion fraternelle avec les autres. Cela est fondamental pour suivre Jésus Christ et être vraiment des chrétiens. C’est le cas non seulement des personnes consacrées qui font vœux de pauvreté, mais aussi de nombreuses familles et de nombreux citoyens responsables, qui croient fermement que c’est la relation fraternelle avec le prochain qui constitue le bien le plus précieux. 

La redécouverte de la fraternité dans l’économie.

6. Les graves crises financières et économiques contemporaines – qui trouvent leur origine, d’un côté dans l’éloignement progressif de l’homme vis-à-vis de Dieu et du « prochain », ainsi que dans la recherche avide des biens matériels, et, de l’autre, dans l’appauvrissement des relations interpersonnelles et communautaires – ont poussé de nombreuses personnes à rechercher la satisfaction, le bonheur et la sécurité dans la consommation et dans le gain, au-delà de toute logique d’une saine économie. Déjà en 1979 Jean Paul II dénonçait l’existence d’ « un danger réel et perceptible : tandis que progresse énormément la domination de l’homme sur le monde des choses, l’homme risque de perdre les fils conducteurs de cette domination, de voir son humanité soumise de diverses manières à ce monde, et de devenir ainsi lui-même l’objet de manipulations multiformes – pas toujours directement perceptibles – à travers toute l’organisation de la vie communautaire, à travers le système de production, par la pression des moyens de communication sociale ». 14  La succession des crises économiques doit conduire à d’opportunes nouvelles réflexions sur les modèles de développement économique, et à un changement dans les modes de vie. La crise d’aujourd’hui, avec son lourd héritage pour la vie des personnes, peut être aussi une occasion propice pour retrouver les vertus de prudence, de tempérance, de justice et de force. Elles peuvent aider à dépasser les moments difficiles et à redécouvrir les liens fraternels qui nous lient les uns aux autres, avec la confiance profonde dont l’homme a besoin et est capable de quelque chose de plus que la maximalisation de ses propres intérêts individuels. Surtout ces vertus sont nécessaires pour construire et maintenir une société à la mesure de la dignité humaine.

La fraternité éteint la guerre  

7. Dans l’année qui vient de s’écouler, beaucoup de nos frères et sœurs ont continué à vivre l’expérience déchirante de la guerre, qui constitue une grave et profonde blessure portée à la fraternité. Nombreux sont les conflits qui se poursuivent dans l’indifférence générale. Á tous ceux qui vivent sur des terres où les armes imposent terreur et destructions, j’assure ma proximité personnelle et celle de toute l’Église. Cette dernière a pour mission de porter la charité du Christ également aux victimes sans défense des guerres oubliées, à travers la prière pour la paix, le service aux blessés, aux affamés, aux réfugiés, aux personnes déplacées et à tous ceux qui vivent dans la peur. L’Église élève aussi la voix pour faire parvenir aux responsables le cri de douleur de cette humanité souffrante, et pour faire cesser, avec les hostilités, tout abus et toute violation des droits fondamentaux de l’homme 15 .  Pour cette raison je désire adresser un appel fort à tous ceux qui, par les armes, sèment la violence et la mort : redécouvrez votre frère en celui qu’aujourd’hui vous considérez seulement comme un ennemi à abattre, et arrêtez votre main ! Renoncez à la voie des armes et allez à la rencontre de l’autre par le dialogue, le pardon, et la réconciliation, pour reconstruire la justice, la confiance et l’espérance autour de vous ! « Dans cette optique, il apparait clair que, dans la vie des peuples, les conflits armés constituent toujours la négation délibérée de toute entente internationale possible, en créant des divisions profondes et des blessures déchirantes qui ont besoin de nombreuses années pour se refermer. Les guerres constituent le refus concret de s’engager pour atteindre les grands objectifs économiques et sociaux que la communauté internationale s’est donnée » 16 . Cependant, tant qu’il y aura une si grande quantité d’armement en circulation, comme actuellement, on pourra toujours trouver de nouveaux prétextes pour engager les hostilités. Pour cette raison, je fais mien l’appel de mes prédécesseurs en faveur de la non-prolifération des armes et du désarmement de la part de tous, en commençant par le désarmement nucléaire et chimique.  Mais nous ne pouvons pas ne pas constater que les accords internationaux et les lois nationales, bien que nécessaires et hautement souhaitables, ne sont pas suffisants à eux seuls pour mettre l’humanité à l’abri du risque de conflits armés. Une conversion des cœurs est nécessaire, qui permette à chacun de reconnaître dans l’autre un frère dont il faut prendre soin, avec lequel travailler pour construire une vie en plénitude pour tous. Voilà l’esprit qui anime beaucoup d’initiatives de la société civile, y compris les organisations religieuses, en faveur de la paix. Je souhaite que l’engagement quotidien de tous continue à porter du fruit et que l’on puisse parvenir à l’application effective, dans le droit international, du droit à la paix, comme droit humain fondamental, condition préalable nécessaire à l’exercice de tous les autres droits.

La corruption et le crime organisé contrecarrent la fraternité 

8. L’horizon de la fraternité renvoie à la croissance en plénitude de tout homme et de toute femme. Les justes ambitions d’une personne, surtout si elle est jeune, ne doivent pas être frustrées ni blessées, l’espérance de pouvoir les réaliser ne doit pas être volée. Cependant, l’ambition ne doit pas être confondue avec la prévarication. Au contraire, il convient de rivaliser dans l’estime réciproque (cf. Rm 12, 10). De même, dans les querelles, qui sont un aspect inévitable de la vie, il faut  toujours se rappeler d’être frères, et, en conséquence, éduquer et s’éduquer à ne pas considérer le prochain comme un ennemi ou comme un adversaire à éliminer. La fraternité génère la paix sociale, parce qu’elle crée un équilibre entre liberté et justice, entre responsabilité personnelle et solidarité, entre bien des individus et bien commun. Une communauté politique doit, alors, agir de manière transparente et responsable pour favoriser tout cela. Les citoyens doivent se sentir représentés par les pouvoirs publics dans le respect de leur liberté. Inversement, souvent, entre citoyen et institutions, se glissent des intérêts de parti qui déforment cette relation, favorisant la création d’un climat de perpétuel conflit. Un authentique esprit de fraternité est vainqueur de l’égoïsme individuel qui empêche la possibilité des personnes de vivre entre eux librement et harmonieusement. Cet égoïsme se développe socialement, soit dans les multiples formes de corruption, aujourd’hui partout répandues, soit dans la formation des organisations criminelles – des petits groupes jusqu’aux groupes organisés à l’échelle globale – qui, minant en profondeur la légalité et la justice, frappent au cœur la dignité de la personne. Ces organisations offensent gravement Dieu, nuisent aux frères et lèsent la création, et encore plus lorsqu’elles ont une connotation religieuse.  Je pense au drame déchirant de la drogue sur laquelle on s’enrichit dans le mépris des lois morales et civiles ; à la dévastation des ressources naturelles et à pollution en cours ; à la tragédie de l’exploitation dans le travail ; je pense aux trafics illicites d’argent comme à la spéculation financière, qui souvent prend un caractère prédateur et nocif pour des systèmes économiques et sociaux entiers, exposant des millions d’hommes et de femmes à la pauvreté ; je pense à la prostitution qui chaque jour fauche des victimes innocentes, surtout parmi les plus jeunes, leur volant leur avenir ; je pense à l’abomination du trafic des êtres humains, aux délits et aux abus contre les mineurs, à l’esclavage qui répand encore son horreur en tant de parties du monde, à la tragédie souvent pas entendue des migrants sur lesquels on spécule indignement dans l’illégalité. Jean XXIII a écrit à ce sujet : « Une société fondée uniquement sur des rapports de force n’aurait rien d’humain : elle comprimerait nécessairement la liberté des hommes, au lieu d’aider et d’encourager celle-ci à se développer et à se perfectionner » 17 . Mais l’homme peut se convertir et il ne faut jamais désespérer de la possibilité de changer de vie. Je voudrais que ce message soit un message de confiance pour tous, aussi pour ceux qui ont commis des crimes atroces, parce que Dieu ne veut pas la mort du pêcheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive (cf. Ez 18, 23).  Dans le vaste contexte de la société humaine, en ce qui concerne le délit et la peine, on pense aussi aux conditions inhumaines de tant de prisons, où le détenu est souvent réduit à un état sous-humain, sa dignité d’homme se trouvant violée, étouffé aussi dans son expression et sa volonté de rachat. L’Église fait beaucoup dans tous ces domaines, et le plus souvent en silence. J’exhorte et j’encourage à faire toujours plus, dans l’espérance que de telles actions mises en œuvre par tant d’hommes et de femmes courageux puissent être toujours plus loyalement et honnêtement soutenues aussi par les pouvoirs civils.

La fraternité aide à garder et à cultiver la nature

9. La famille humaine a reçu en commun un don du Créateur : la nature. La vision chrétienne de la création comporte un jugement positif sur la licéité des interventions sur la nature pour en tirer bénéfice, à condition d’agir de manière responsable, c'est-à-dire en en reconnaissant la “ grammaire ”qui est inscrite en elle, et en utilisant sagement les ressources au bénéfice de tous, respectant la beauté, la finalité et l’utilité de chaque être vivant et de sa fonction dans l’écosystème. Bref, la nature est à notre disposition, et nous sommes appelés à l’administrer de manière responsable. Par contre, nous sommes souvent guidés par l’avidité, par l’orgueil de dominer, de posséder, de manipuler, de tirer profit ; nous ne gardons pas la nature, nous ne la respectons pas, nous ne la considérons pas comme un don gratuit dont nous devons prendre soin et mettre au service des frères, y compris les générations futures.  En particulier, le secteur agricole est le secteur productif premier qui a la vocation vitale de cultiver et de garder les ressources naturelles pour nourrir l’humanité. A cet égard, la persistance honteuse de la faim dans le monde m’incite à partager avec vous cette demande : de quelle manière usons-nous des ressources de la terre ? Les sociétés doivent aujourd’hui réfléchir sur la hiérarchie des priorités auxquelles on destine la production. En effet, c’est un devoir contraignant d’utiliser les ressources de la terre de manière à ce que tous soient délivrés de la faim. Les initiatives et les solutions possibles sont nombreuses et ne se limitent pas à l’augmentation de la production. Il est bien connu que celle-ci est actuellement suffisante ; et pourtant il y a des millions de personnes qui souffrent et meurent de faim, et ceci est un vrai scandale. Il est donc nécessaire de trouver les moyens pour que tous puissent bénéficier des fruits de la terre, non seulement pour éviter que s’élargisse l’écart entre celui qui a plus et celui qui doit se contenter des miettes, mais aussi et surtout en raison d’une exigence de justice, d’équité et de respect envers tout être humain. En ce sens, je voudrais rappeler à tous cette nécessaire destination universelle des biens qui est un des principes cardinaux de la doctrine sociale de l’Église. Respecter ce principe est la condition essentielle pour permettre un efficace et équitable accès à ces biens essentiels et premiers dont tout homme a besoin et a droit. 

Conclusion 

10. La fraternité a besoin d’être découverte, aimée, expérimentée, annoncée, et témoignée. Mais c’est seulement l’amour donné par Dieu qui nous permet d’accueillir et de vivre pleinement la fraternité. Le nécessaire réalisme de la politique et de l’économie ne peut se réduire à une technique privée d’idéal, qui ignore la dimension transcendante de l’homme. Quand manque cette ouverture à Dieu, toute activité humaine devient plus pauvre et les personnes sont réduites à un objet dont on tire profit. C’est seulement si l’on accepte de se déplacer dans le vaste espace assuré par cette ouverture à Celui qui aime chaque homme et chaque femme, que la politique et l’économie réussiront à se structurer sur la base d’un authentique esprit de charité fraternelle et qu’elles pourront être un instrument efficace de développement humain intégral et de paix.  Nous les chrétiens nous croyons que dans l’Église nous sommes tous membres les uns des autres, tous réciproquement nécessaires, parce qu’à chacun de nous a été donnée une grâce à la mesure du don du Christ, pour l’utilité commune (cf. Ep 4, 7.25 ; 1Co 12, 7). Le Christ est venu dans le monde pour nous apporter la grâce divine, c'est-à-dire la possibilité de participer à sa vie. Ceci implique de tisser une relation fraternelle, empreinte de  réciprocité, de pardon, de don total de soi, selon la grandeur et la profondeur de l’amour de Dieu offert à l’humanité par celui qui, crucifié et ressuscité, attire tout à lui : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13, 34-35). C’est cette bonne nouvelle qui réclame de chacun un pas de plus, un exercice persistant d’empathie, d’écoute de la souffrance et de l’espérance de l’autre, y compris de celui qui est plus loin de moi, en s’engageant sur le chemin exigeant de l’amour qui sait se donner et se dépenser gratuitement pour le bien de tout frère et de toute sœur.  Le Christ embrasse tout l’homme et veut qu’aucun ne se perde. « Dieu a envoyé son fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3, 17). Il le fait sans opprimer, sans contraindre personne à lui ouvrir les portes de son cœur et de son esprit. « Le plus grand d’entre vous doit prendre la place du plus jeune, et celui qui commande, la place de celui qui sert » – dit Jésus-Christ – « moi je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (Lc 22, 26.27). Toute activité doit être, alors, contresignée d’une attitude de service des personnes, spécialement celles qui sont les plus lointaines et les plus inconnues. Le service est l’âme de cette fraternité qui construit la paix. Que Marie, Mère de Jésus, nous aide à comprendre et à vivre tous les jours la fraternité qui surgit du cœur de son Fils, pour porter la paix à tout homme sur notre terre bien-aimée.

Du Vatican, le 8 décembre 2013.

FRANCISCUS

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NOTES
1 Cf. Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 19 : AAS 101 (2009), 654-655.
2 Cf. FRANÇOIS, Lett. enc. Lumen fidei (29 juin 2013), n. 54 : AAS 105 (2013), 591-592.
3 Cf. PAUL VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars 1967), n. 87 : AAS 59 (1967), 299.
4 Cf. JEAN-PAUL II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis (30 dec 1987), n. 39: AAS 80 (1988), 566-568.
5 Lett. enc. Populorum progressio (26 mars 1967),n. 43 : AAS 59 (1967), 278-279.
6 Cf. ibid., n. 44 : AAS 59 (1967), 279.
7 Lett. enc. Sollicitudo rei socialis (30 décembre 1987), n. 38: AAS 80 (1988), 566.
8 Ibid., nn. 38-39: AAS 80 (1988), 566-567.
9 Ibid., n. 40 : AAS 80 (1988), 569.
10 Ibid.
11 Cf. Lett. enc. Caritas in veritate, (29 juin 2009), n. 19 : AAS 101 (2009), 654-655.
12 Summa Theologiae II-II, q.66, art 2.
13 CONC.ŒCUM. VAT.II, Const. past. sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, n. 69. Cf. LÉON XIII, Lett. enc. Rerum novarum (15 mai 1891), n. 19 : ASS 23 (1890-1891), 651; JEAN PAUL II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis (30 décembre 1987), n. 42 : AAS 80 (1988), 573-754 ; CONSEIL PONTIFICAL JUSTICE ET PAIX, Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, n. 178.
14 Lett. enc. Redemptor hominis (4 mars 1979), n. 16 : AAS 61 (1979), 290.
15 Cf. CONSEIL PONTIFICAL JUSTICE ET PAIX, Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, n.159.
16 FRANÇOIS, Lettre au Président Poutine, 4 septembre 2013 : L’Osservatore Romano, ed. fr., 12 septembre 2013,      p. 5.
17 Lett. Enc. Pacem in terris (11 avril 1963), n. 17 : AAS 55 (1963), 265.
(12 décembre 2013) © Innovative Media Inc