dimanche 6 novembre 2011

mémoire en action de grâces - un moine prêtre de Bricquebec : Amédée Hallier 26 Mars 1913 + 6 Novembre 2002

sera mis en ordre, très vite


Livret OUI ma vie intime

Dom Amédée Hallier – moine de la trappe Notre Dame de Grâce de Bricquebec
25 Mars 1913 + 6 Novembre 2002
carnet . matériau linoléum souple taillé aux ciseaux .
écrit-dessiné aux feutres de diverses couleurs . reliure classeur


Très petit format, plus petit que la paume
Format cartes à réussite
Environ 144 pages

OUI
MA VIE INTIME
6.2.99

*
* *

Juillet 83 – Juillet 87 . déc. 90 . Juin 93 . février 94
Passionnant et comblant
Ce rosaire éternel
En effet :
Passionné du désir, or ici : élan sans fin
Passionnés de vues vraies vêcues, or ici : créativité sans fin
Passionnés de vie avec l’infini, or ici : vivre sans choix
Passionnés de continuité, or ici : l’aventure éternelle
Passionnés de relations, or ici : la communion !
Passionnés d’idéal vécu, or ici : le rêve éternel réalisé
=
tourmenté d’infini ?
comblé en Marie !

*
* *

Juillet . Septembre 95
Enfin !
Çà ne
peut pas
continuer
comme çà !
au-delà !
au-delà !
au-delà !


*
* *

10 Mai 93
ENFIN !
Au lancinant
Jusques à quand ?
Jusques à quand ?
Jusques à quand ?
Est – enfin – donné
Du cœur de la
T.S. Trinité
Le seul écho
Comblant
« MAMAN ! »


*
* *

11 Nov. 91
sans cesse
sans cesse
avec allégresse
et tendresse
… et sainte
ivresse
dans l’Esprit
… c’est fini
c’est fini


*
* *

Pentecôte 92
jamais
ce ne fut aussi
extrême
à la Langeac
oui, pour
l’extrême
du
« je t’aime ! »


*
* *

Jamais, ce ne
fut aussi intense
l’intimité des
passivités
VIEILLESSE qui
exige un « oui » continuel
à la tendresse
genou
fatigue
« TEMPETE » de
« l’aujourd’hui » de Dieu
passe par sa venue pour
sous le
RAPT !


*
* *

C’est fini, selon
les 2 extrêmes
tendresse irrésistible
ou
faiblesse irrésistible


*
* *

19.1.95
Gaillot, Japon, suicide, Emmanuella, « Médiasphères »
Désormais, URGENCES
du temps… ressacs de la vie
EXP . EXT .
rapts, ressacs
en « nécessité vitale »
et en un sens UNIQUE ET
DRASTIQUE : D R E P . A V A P
passion de passion
PPPPPPPPP
oui ! oui ! oui ! oui !
sans rapt
de l’agapè


*
* *

14 Juillet 92
DPEP
C’est VITAL
TOTAL
RADICAL
AEPPP
afin d’être
THEOLOGAL !
foutu pour
foutu : c’est fini
TOI ! TOI ! TOI !


*
* *

8 Sept. Au 21 Sept. 97
. TOUT s’unifie, s’intensifie
se divinise (M)
. TOUT sens le t.m. ( : MUR)
est VU pour être VECU
. TOUT est créé par le RAPT
créant mon OUI à Marie
ill.

=
CE QUI EST TOUTE MA VIE
et, DPEP, dans l’Esprit, il
devient IN-FINI
=
EN ETANT, DPEP
en plein dans la VIE
avec l’acte
le plus VITAL
fonctionnel et continuel
RESPIR’
Première URGENCE
de ma santé



*
* *

……


*
* *

80 ans ?
passionnant
d’être
abandonné à
la TENDRESSE
de Dieu
sans
condition

*
* *

Ce « oui » respire
l’acte de toute plénitude :
(paroxysme)
. désir
. élan
. tourment
. devenir
. synergie
COMMUNION


*
* *

Sois oui
c’est-à-dire le texte est avec ratures au crayon bille
VIS
Marie


*
* *

3 Oct. 93
Le oui
est
DON
jusqu’à
l’ABANDON
A L’ATTRACTION le texte est avec ajout au crayon bille

*
* *

20.7.92 au 9.9.92
Oui ? … oui, oui
Ce oui est le
CRI de
toute ma VIE
sous le
RAPT
infini !


*
* *

11.1.95 ECLAIRS de VIE !
Car, en fait, en tout temps,
en tout lieu, tout se
joue AINSI
« Es-tu oui ?
à ce qui surgit «
(le oui de Marie
au o.u.i. infini)
… un oui qui est « symbolisé »
c’est-à-dire REALISE
par respiration
…oui, mais – là est
le hic
sans condition
sauf celle-ci
l’éternelle
ATTRACTION !


Suit une page commentant une icône : la Vierge, avec cartouche son Fils, et en dessous de ce buste ouvert, une silhouette minuscule et qui implore


Autres pages …

*
* *

Nov. 95 – Noël 95
TOUT se
vit en
une inouïe
synergie
en « respirant »
Marie qui
est OUI au
OUI infini


*
* *

3 Oct. 93
ce OUI
est la
cime
d’un TOUT-PETIT
ravi !

*
* *

30.8.93 « Petite fleur »
sans cesse,
sans cesse,
sans cesse :
oui !
oui !
oui !
… mais sous
le RAPT

*
* *

4 Sept. 93
Ah ! ce OUI
…infini !
En effet, ce « oui », c’est
le don
l’abandon
la communion
l’EX-STASE
l’inouïe SYNERGIE
(OSSIMEAT !)
brfe, c’est déjà
l’EE

*
* *

Ah ! ce cri libérateur
ce « coup d’aile »
dans les « passes dures »,
dans les ravins,
pataugements,
brouillards,
marasmes…
de l’air !
de l’air !
OUI
respiration
réactions
re.re.re.
ressacs

*
* *

20.7.92
oui !
expérience extrême
quand, sous
le RAPT,
je suis
saisi,
séduit,
uni !
c’est déjà
l’EE

*
* *

9.9.92 oui, oui,
ce oui
c’est toute ma
vérité
créée
pour la
tendresse d’éternité !


*
* *

17 Sept. 95 Que c’est
PARLANT et comblant :
Ce oui au
OUI infini !
oui ETERNEL
du Père : « dans l’amour
de toujours à toujours »
oui universel
du Fils alpha et omega de TOUT §
oui existentiel
de l’Esprit : « FEU de Dieu
en tout temps,
en tous lieux
oui


*
* *

dernières pages

12 Déc. 91 +++++
Désormais, c’est
toute ma vie
« O.U.I. : TOI ! »
OU.UE ID
Tendresse qui es
Oui infini

*
* *

12.7.91
oui, mais
ceci, cela « x, y, z
et partant « I.M.U. »
mais surtout, pour moi,
coups de Jarnac
à la Langeac !
R
Oui, oui, je sais
je sais TOUT et TOUT
et ton « cela » ne
regarde que MOI
ton combat n’est
pas le tien, c’est
le mien »
Laisse-moi faire
laisse-toi faire
en cette ASC (aventure sans condition)


*
* *

DPEP !
LE sens de ma VIE
LE SECRET
LA SOURCE
LA GRACE
de VERITE
(en vérité d’Eternité)
de REALISME,
d’Intensité
c’est le mystère
de la
SYNERGIE

*
* *

Pentecôte 1992
« AIMER
vraiment,
c’est
AIMER
à ses dépens »


*
* *

TOI ! TOI !
11.6.92
Le CRI suspendu
de l’AMOUR
extrême
ee tourment
du OUI
infini

*
* *

8.7.90
« Simplifie !
unifie !
intensifie !
- R –
Aber Wie ?
- R -
inouïe
synergie






A sa main, à droite - EXP. Fiches 9cmx4cm reliées par deux anneaux avec couverture de linoléum rougeâtre

NB chaque *** signifie nouvelle petite fiche


*
* *

11.9.02
- vers 10 h. –
soudain
« saisi » par
la vue de la
cîme
Jean Paul II
dans L.A. NMI
Novo millenio ineunte
contemplé par Lethel
(c’est la « théologie » de
mon En ?)

*
* *

Exp. de lumière Cîme – 15.10.01
Jean Paul II
dans « vie thérésienne »n° 164, Oct. 01
le carme Lethel
jeu – une décision lumière
sur la cîme de la ill.
de Jean Paul II en sa
lettre apostol. NMI
Novo millenio ineunte
Dossier Jésus

Coup de cœur et de foi
tout est là
« pour moi »
source et cîme
de ma théologie
de 2 AAT
« théol. monastique” = vécue
vue – vie – vue

*
* *

11 sept. 02
débilitant
est « l’ennemi »
E.E.E.
Cet après-midi, tout « fon-
çait » :
. Wilefried
. Guillaume : ravagé »
. Agnès qui n’en peut plus
. Eureka :
James Manjain ?
. Min : Gorki (son h.
à Ames du Purgatoire
1 h –
STGPO RAVI !
“çà suffit


7.9.00
FINI
Le JEU de
« l’ennemi »
E.E.E.
Oui, stop aux
« dossiers de paperasses ?
Impatient de cet
ultime EAA
TOUT
OUI

Cette petite poage ne peut se comprendre et se communiquer que reproduite dans ses couleurs et sa graphie

10.9.02
surtout pas !
oui, surtout pas
accumuler
du domo.
grossi ?
Les paperasses
ne condam-
nent pas
Oui




9.7.02
Oui, grâce
à ce bouquet
s.u.c.c.è.s
car c’est sans cesse, c’est
le retour à
1.essentiel de 1 Essentiel
dans l’Origine
éternelle
dans l’Unité
éternelle
et l’Intimité
éternelle
qui est p. Dieu


28 Août
O.U.I.
enfin, tout
s’unifie
se trinitarise
=
Toute l’aventure n’est
Que o.u.i.
Techniques : 3 « milieux »
et moyens : ill.
Vue – Vit Respire
Ayr ! J3M alleluia ?


22 Août 2002
dossier J.I.I. de Marie-Reine
EXPERIENCE
DE DIEU
mais VECU
par un tout petit
a.s.m.
qui ne peut
que ce mot EVOCATEUR
et…. LIBERATEUR : « Je
SENS
Oui, dans la SYNERGIE que
Peut seul créer l’ESPRIT,
Je « sens » mon NON-SAVOIR !

21 Août 2002
Ce soir,
en un temps record,
en élan, sans effort,
j’ai « créé » des
lamelles claires
- fonctionnelles -
dans le C.R. C1
qui rassemblera, en un
bouquet, l’essentiel du
1 Essentiel en
TRINITE
CREES
SAUVES






Sur la grande table, avant les bacs dans la série des sept petits classeurs rectangulaires format horizontal,
En format vertical 5cmx12cm
COUPLE
voir aussi G.B.


Documentation
Le 4 Avril 1985, je
Découvre l’album
« AU RISQUE D’AIMER »
de Jacques LACOURT
(avec imprimatur)
DROGUET & ARDANT
1982

I/ - Le COUPLE HUMAIN
DANS LA PENS2E DE Dieu
. le corps
. la sexualité
. l’amour humain

II/ - Le comportement sexuel
des chrétiens !
. cohabitation juvénile
. mariage
. problèmes actuels
. masturbation
. homosexualité
. contraception
. avortement
. perspectives nouvelles
. fécondation in vitro
. banques du sperme

au revers

Vérité et ETHOS
de l’amour conjugal
ou la doctrine
de Jean-Paul II
bien résumée par
ami du clergé
1984 p. 241 et ss.


Eros-et-Agapè
Les OPPOSER est
Une erreur
(de même qu’il
faut récuser
l’opposition
CAPTATIF-oblatif
Cf. Album « Au risque d’aimer » p. 172 n° 39

et et
EROS AGAPE
et surtout
comment çà va
fonctionner car
Eros et Agapè
Entretiennent un
DIALOGUE
Perpétuel et
Fondamental
(Legrain – Le corps humain p. 139


*
* *



FUSION ?
de la fusion à la communion
Fusion
« me perdre en toi !!
« ne plus faire qu’UN
« se fondre l’un dans l’autre
Mirage . Illusion !…
(cf. M. RILKE…
au contraire, la ligne du
DEVENIR conjugal

de la fusion … à la communion
par une rupture…
une re-connaissance
de l’autre :
PERMANENT autre
différent
libre
indépendant
mystérieux
Il y faut toute une VIE !


*
* *


MYSTERE
que cette communion
de deux personnes
TARKOVSKI l’a
bien senti et exprimé
(FCE 20 Juin 1986)
coupure de presse collée


*
* *

PASSAGE
transformant (MP)
ou le
mystère pascal
de l’aventure con-
jugale
« Que de fois, je l’ai constaté,
dit G.B.

Crise Et moi, je leur
« déçus, lassés, Dis : « Mais,
désorientés, c’est positif !
découragés, Crise de croissance,
abattus de vérité, de
ECHEC maturation
rupture
=

de la fusion à la communion
(par la différence
assumée, aimée !
ETAPE NORMALE d’un
CHEMINEMENT normal
d’un COUPLE NORMAL)


Post Amadei mortem

(Notre Dame de Grâce de Bricquebec, après Complies – vendredi 8 Novembre 2002)

C’est en écrivant ainsi ce prénom que j’en reçois la prédestination. Comment être rempli de Dieu, le donner à ressentir et cependant n’en parler jamais ex cathedra ou selon les manières habituelles de l’apologie ou du zèle ? Comment être aussi proche de la pulsation du siècle, de la vie de chacun de ceux qui viennent au monastère autant que de ceux qui n’y viennent pas. Ce n’était pas un homme inquiet, ce n’était pas non plus un homme forçant ou se forçant, il y avait chez lui le parfum – il avait d’ailleurs une eau de toilette et était de chemise, de barbe, de mains, de visage parfaitement tenu – d’une grande disposition de soi. Il avait vaincu manifestement ce qui astreint la plupart des humains : des infirmités, des hantises et des nostalgies, des choses à faire ou à ne pas faire. Il ne vivait pas dans un monde d’obligations, de devoirs et d’échéances, pourtant il était précis dans ses horaires et son agenda, il déclinait ou reportait, combinait des engagements au téléphone, il y était souvent appelé dans nos entretiens, de l’intérieur de sa communauté ou du dehors. Il n’était pas non plus ce qu’on dirait un homme organisé ou d’ordre, c’eût été encore trop personnel et de l’ordre trop humain, au sens d’une organisation de vie qui n’aurait que de l’enveloppe, de la fonctionnalité et pas de fond, de contenu. Il était tout simplement dépouillé du superflu, s’appuyait sur le rythme monastique et la clôture, sur un état de vie mis au service de son évidente vocation à accompagner, recevoir, répondre, guider. Il avait le charisme de ce qui erst davantage que le dialogue, un respect d’autrui et de Dieu, il savait mettre en présence, et il commençait par une mise en présence de soi à soi, là s’arfêtait le chemin, mais il l’avait approfondi, fait s’approfondir avec celui qui était venu s’entretenir avec lui. A l’église, il pouvait aussi bien présider, sans que je l’ai jamais vu célébrer en propre la messe – il n’en avait plus tout ce mois de Novembre, le rôle – que seulement faire nombre au chœur. Naturel, vigilant autant au déroulement de l’heure qu’à ses amis dans la nef. Pas d’ostentation, pas de méthode, mais du dire et de l’être. Revenir sur sa manière de noter, de constituer des dossiers sur trente ou cinquante ans de vie spirituelle et intellectuelle, d’écrire et de quasiment peindre ses aphorismes, ses schémas, ses résumés, ses recommandations en fait, je l’ai déjà fait et le referai, c’est inépuisable et facile, c’est l’aspect visible de sa communication et de ce qu’il recevait du monde et de l’époque.
C’est la pudeur et la discrétion de l’homme dans son itinéraire, hors son charisme, hors ce qu’il prodiguait aux autres, qui vont me retenir. La joie était constante, je ne l’ai jamais vu ni pessimiste ni abattu. Tant d’intelligences, notamment chez des religieux, des spirituels, des philosophes sont soit égotistes – ce que j’ai découvert ou mis au point… - soit pessimistes : il est tellement mode, paradoxe de voir les choses en noir, en fait de les considérer hors providence, hors sens, hors Dieu, hors foi en l’amour et en l’homme. Il élucidait en tout ce qui en chacun fait ressort et permet le rebond, le salut, l’ouverture à ce qui sauve et qui guérit. Sachant lire et écoûter, ce qui, dans sa vie, était presque voisin, et ne l’est chez d’autres ou chez moi que rare et difficile, il ne donnait jamais à penser qu’il eût mieux dit ou inventé ce qu’il lisait ou ce qu’il écoûtait. Sa faculté de s’enthousiasmer, d’admirer, d’encadrer dans du nombreux, du profus ce qui est beau et porteur de verticalité et d’envol, vient de là ; il n’est jamais en tiers entre ce qui lui est confié et celui qui se confie, il est en profonde sympathie, il reçoit totalement sans commenter, sans ajouter, sans prétendre perfectionner ou prolonger.

Je l’ai peu vu hors l’église et hors son antre, quelque fois dehors dans la cour autre fois arborée, au second seuil du monastère, là où les voitures des hôtes se garent. C’est dire que c’était une silhouette qu’on ne voyait que mentalement une fois le monastère quitté ou maintenant que s’est faite la séparation provisoire, je ne l’ai pas vu dans une foule de loin, ou marcher dans quelque paysage, alors que l’étendue plane avec un unique chemin entre le monastère et le bourg que précède une semi-forêt, se prête à des images d’hommes dans le monde et la vie, à travers champs, presque à travers ciel, revenant de loin vers l’église, le cimetière, les bâtiments, la ferme, l’état religieux en tant que matérialité des horaires, du costume, etc…. Son rayonnement physique tenait donc à une acuité de visage contrastant avec une attention à la fois sévère, austère et malicieuse de son regard. Cette sévéréité relative était bonté, car il se gardait de juger mais il voulait qu’arrive au jour le tréfond d’une expérience, l’expérience vitale, vécue de celui ou celle qu’il recevait. Il ne s’y attachait pas par curiosité ou pour s’aider lui-même à se comprendre en tant que partie du genre humain, non il ne cherchait pas, il ne cherchait rien ni personne, il recevait, certain que tout comble, peut combler et que ce ne sont ni la quête, ni le désir, ni l’intensité d’attente et de recherche qui produisent quoi que ce soit mais le consentement. Le discernement porte, selon lui, sur notre capacité à consentir, notre aptitude au fiat, mais il n’en faisait ni une obligation dans le vide ni un enseignement en forme de « truc » ; il y voit notre nature, la nature humaine, la dialectique toute évidente d’une vie ancrée dans le réel qui est espérance. Si vallée de larmes, il y a, elle n’est pas pour lui un état définitif même humainement. Il ne conseillait rien, il donnait un moment de vie.

Il ne désignait même pas, donnant ainsi la conviction prodigieuse que celui ou celle qui le visitait ou le consultait avait autant à montrer, à témoigner et à dire de solide que lui, homme, vieillard, lettré expérimentés et construit. Il démontrait qu’on peut être parfaitement au fait de l’actualité sous tous aspects, du spirituel au profane, et pourtant hors du temps et des circonstances, ailleurs et dans l’éternité, car il faisait voir toute vie dans son être et son sens, plutôt que dans sa dialectique ou sa contingence. On était auprès de lui et avec lui dans la contemplation, qui n’a pas de frange ni d’écart, qui ne se borde pas de temporalité ou d’états d’âme. On anticipait l’éternité tandis que la rencontre durait tranquillement l’heure prévue entre les Heures monastiques. On faisait subtilement et naturellement les exercices spirituels les plus structurants en commençant par le monde que l’on s’entre-exposait, peu de questions et du dire que l’enthousiasme ou une exclamation concluait au moment où continuer dans ce registre eût été verbeux. Alors, on creusait ensemble et l’on arrivait vite au salut, à la croix, à bien davantage qu’un choix, à une communion entre hommes, personnes humaines se reconnaissant ensemble animées par Dieu et y allant main dans la main. Il y avait là de l’amour, nulle prédation, nul artifice, nulle illusion que le temps de mettre fin à l’entretien ou de quitter le monastère aurait immanquablement dissipée.

C’était de l’équilibre chez un homme équilibré, humainement doué pour la concentration, l’imagination, une sorte de poésie apte au classcisme et au romantisme que ne démangeaient aucun souci de notoriété, aucune précaution pour sauvegarder une image. Il ne refusait rien et ne demandait rien, il était d’une présence entière, gratifiante par elle-même pour celui ou celle qui en bénéficiait. La bienfaisance ne s’arrêtait pas aux limites chronologiques d’une correspondance ou de retours au monastère et dans son antre. Le moine prenait le relais de l’ami, sans pose ni allusion déplacée à des macérations ou à des temps donnés à la prière, il donnait la certitude qu’entré dans son cœur, on demeurerait dans une pensée tout entière tournée vers Dieu. Amédée n’aurait rien dit sur l’art de méditer, sur la façon de prier, pas même sur la conversion quotidienne car il disait tout en emportant l’ensemble d’un dialogue en un mot final, ce oui qu’il formulait, explicitait comme étant une élévation totale, soudaine, irrépressible vers… l’indicible. L’entendre alors lire un texte de la liturgie ou le lire dans son dernier écrit faisait contraste, on était basculé dans l’explicite et lui au charme si prenant parce qu’apparemment fait d’une tournure personnelle exceptionnellement apte à l’accompagnement et à la compréhension d’autrui, était devenu serviteur de réalités et d’un Dieu dont les mots, l’explicitation sont le fait d’une institution. Il y avait là un témoignage saisissant d’humilité, achevant de convaincre le retraitant ou l’ami qu’Amédée ne se voyait supérieur à personne mais frère de beaucoup.








Post Amadei mortem

(Notre Dame de Grâce de Bricquebec, après Matines – samedi 9 Novembre 2002)


Si la vocation de cet homme – un vrai géant par la puissance, la fluidité, la continuité, la cohérence de son témoignage et de sa vie – fut vraiment l’enseignement, un enseignement par l’écoûte du monde et de l’autre, rien n’eût été possible sans l’état monastique. La bifurcation de la guerre, permise et vue grâce à la guerre, n’est pas de l’ordre professionnel, mais bien de celui d’une construction pour contenir un trop-plein, pour aménager un cours si puissant. Enseignant l’enfance, Amédée eût certainement rayonné parmi ses élèves et ses confrères, mais il eût manqué l’évidence d’une référence. Celle-ci est donnée par le monastère en soi, et par ce à quoi une abbaye et la règle de saint Benoît font aboutir : une claire lumière, située et précise, comme l’a chantée saint Bernard. Amédée est situé plus dans un lieu que dans un temps. Et il y est fidèle, il ne s’est pas répandu en livre et certainement celui à paraître et qu’il a chéri, voulu, placé en exergue rétrospectif de tout son parcours, de cette existence humaine qu’il eût peut-être plus de difficulté à abandonner, à quitter, donc à offrir vraiment, n’est encore qu’un don, derrière lequel il s’est ingénié à disparaître. Il y écrit universellement, il ne parle que de l’objet de sa contemplation, de celle qu’il propose, et non de lui-même ou d’une expérience personnelle, il sait offrir sans même paraître, les mains et le sourire, la voix ne s’y entendent, seul le produit est offert. On serait tenté de penser, le résidu. Le résidu, le produit d’une vie consumée, d’un homme donné et dédié. La théologie de l’heure d’à présent, celle des Vigiles du premier samedi à vivre après qu’il ait disparu, à vivre sans lui apparemment, expose la maison, le temple, l’habitation de l’âme humaine par Dieu Créateur et force, commencement et continuité. Amédée était transparent, il ne prenait pas de place indûment mais il était là où il fallait qu’il fût, là dans la vie de ceux qui recoururent à lui, là aux offices monastiques et dans sa communauté. Dépouillement sévère de la vie et de la croix qu’ornaient et adoucissaient ses propensions à la joie, à la fête, à la célébration.

L’état monastique n’était pas un aménagement providentiel du temps de vie d’un homme qui autrement eût pu être débordé, se dispersé, s’éteindre dans la foule quotidienne, ce fut pour Amédée une pédagogie dont il avait besoin, qu’il y convenait, à laquelle il contribuait et que sa fidélité validait pour autrui, offrait à autrui. Jamais un moine ne m’est autant apparu homme de départ, homme d’envol, le lieu, la piste d’envol amoureux et cosmique sont ainsi nécessaires, sa manière d’être, d’écoûter avant de dire indiquait ce lieu et l’accueil par une tradition, par des pierres, par un passé renvoyant au passé personnel, à l’acquis culturel d’un pays, d’une civilisation, d’un siècle ; ainsi, sur ce socle, et avec lui en maître tranquille et apaisant, le débutant ou le reclus ou l’âme fatiguée venaient apprendre l’élan, l’envie, la foi, la plénitude. On n’arrivait jamais, on se situait mieux, on commençait et partait immanquablement. Cela dans la foi, dans l’espérance et dans une tolérance de soi et des autres produisant que plus rien ne gênait l’âme cherchant à continuer de vivre. Il ne prêchait ni la rupture ni une quelconque transformation de soi, il donnait tout le mouvement à accomplir, le mouvement d’une libération de soi et de la connaissance du monde, en résumant la circonstance de la rencontre et la vie entière de celui qu’il enseignait en l’écoûtant par ce oui proféré en jaillissement, poussé comme une fleure offre ses pétales au haut de sa tige, ouvert comme les mains qui prient.

C’était sérieux, audible, serein. Le voir à l’église persuadait qu’à terme tout rentrer dans l’ordre. Il était prêtre sans le répéter, le montrer, sans insigne, fondu dans sa communauté pour ce qui est d’exercer le sacerdoce. Le monastère, l’état de vie religieuse était son sacerdoce, il s’effaçait une fois qu’il avait ouvert la porte et s’était assuré que l’homme mis par Dieu à cette école franchirait bien le seuil ; dès lors, la communion savoureuse, la prière silencieuse suffiraient, tout serait exprimé par là et d’abord la reconnaissance qu’une naissance de plus, que des retrouvailles « divino-humaines » aient eu lieu. Le lieu permet d’être. Et cet homme par son type de culture, par sa manière de recueillir et de travail, par son accueil offrait un lieu spirituel et mental à la fois intangible, objectif et tout à fait adapté au moment d’une psyché, à la recherche d’une âme dolente ou ressentant ses limites propres. Il était tourné vers les autres et en référait lumineusement à Dieu. Il avait la comparaison mariale, l’engouement fraternel, la fraîcheur d’un commencement, la densité et l’autorité d’une expérience de longue date, sans cesse confirmée parce qu’intérieure. Il était simple et consentant à tout humainement, il ne reprenait ni ne corrigeait jamais, il convainquait que la chance est permanente et savait l’appeler, la faire reconnaître comme un don, un signe de Dieu.

D’autres, on assemble des fioretti, on rappelle et recueille des traits, de cet homme, éminemment religieux mais libre de tout, entier dans son mouvement, on retient qu’il portait au dialogue, à la confiance, à l’optimisme, on aura la mémoire qu’il était agissant quand la grâce avait amené à lui une âme.








Post Amadei mortem

(Notre Dame de Grâce de Bricquebec, après Laudes – samedi 9 Novembre 2002)


L’office de Laudes et toute la liturgie des dédicaces permettent des adieux qui n’en sont pas, la construction, l’œuvre pérennisent les vies et les destins, hiérarchisent et magnifient les apports. S’il y a combat spirituel des derniers, des derniers moments de lucidité et encore de volonté, ce doit être celui qui donne sa valeur et sa valeur au consentement, à ce oui « amédéen ». Etre dépassé paar l’œuvre à laquelle on a voulu, reçu de participer, que s’éteigne une chanson propre et personelle, qu’elle ne se répète et dure désormais que dans l’écho retenu par le cœur des autres et fleurissant en belle frise aux principaux panneaux du temple commun. Accepter de rentrer dans le cortège est autrement difficile que d’en dire et vivre l’attrait ; car alors on observe le but, la fin de la procession et l’on peut se sembler à soi-même unique dans ce dialogue avec la vie, avec la beauté, avec la laideur, avec la réussite, avec Dieu faisant tout de tout, mais mourir c’est accepter d’être dépassé, repris, c’est accepter de renaître. Cet homme n’avait nulle crainte et pas celle de mourir. Il ne cherchait pas, il avait trouvé, il ne phrasait pas une logique de résurrection, une philosophie du mal vaincu par le bien, il vivait un au-delà déjà perceptible quotidiennement, il témoignait de la lumière et renvoyait à elle, il avait fait vœu de stabilité et incarnait magnifiquement cette résolution par la quiétude, la régularité de sa vie, de ses propos, il surprenait par un combiné, à première expérience impossible, d’attention à autrui et de placidité. Vif, il était le contraire d’un agité ou d’un profus. Il revenait sans cesse au centre, il ne déifiait rien ni personne, pas même Dieu si l’on peut écrire ainsi, car il était proche de ce qu’il savait constituer notre source, il ne se posait pas en centre lui-même, en génie qui nomme et assemble les plus belles choses dans le monde des idées ou dans l’apologétique. Il contemplait un agencement qui lui avait pré-existé comme à tout être vivant et lui survivrait, et il y voyait, vivait tranquillement la place que Dieu, la vie nous y donne. Il ne se posait pas de questions insolubles, il ne prenait personne au piège d’une connaissance, d’une culture, d’une dialectique, d’une spiritualité qui lui conféraient cepndant une évidente aînesse dans le parcours du bonheur. Il était autant désincarné que charnel, répondant volontiers à des demandes factuelles, et même à des interrogations sur sa propre biographie, il ouvrait alors, presque par hasard et sans redondance, les portes retirées de grandes amitiés, de rencontres qu’il avait faites, il appréciait de ceux dont il esquissait le portrait leur diversité, ce qu’il y avait eu en eux d’aigu, il admirait les écrits d’autrui, il communiquait les hauts faits de tiers anonymes dont il avait perçu la souffrance ou l’entrain et le secret qui permet ceci ou provoque cela, mais il restait toujours discret, pour ne pas envahir et pour demeurer lui-même assez ouvert et tranquille au point de toujours accueillir sans que ce soit jamais vraiment pareil. On le regardait du dehors et il n’invitait pas à ce qu’on le pénètre tant il se voulait secondaire, simple introducteur de l’autre à lui-même et à ce mouvement du oui qui fait approcher de tout. Il aurait voloniers admis qu’on résume son enseignement, s’il y en avait un, et c’était ses graphismes et ses sigles, en un seul trait coiuffé et aiguisé d’une flèche. D’une certaine manière, cet homme fixé en un lieu aima la vitesse, celle de la lumière, celle du bond en Dieu, celle de la visitation soudaine et sans apprêt, totale et défiant tout mpot, y compris les comparaisons avec le feu et la lumière, la visite que Diueu rend à l’âme en lui faisant prendre conscience et en lui donnant vision qu’Il l’habite. Irruption de soi en soi, trouvaile alors de l’essentiel en personne et en chose.

Mystique ? je ne le dirai pas. Contemplatif ? oui, mais pas à la manière courante ni à celles qui se prêtent aux classifications et à des auscultations les amoindrissant et en faisant une affaire de spécialiste. Ecrivain, pas vraiment, puisqu’il était abréviatif, allusif, qu’il corrigeait du texte, de la matière plus qu’il ne composait. Il était rapide parce qu’il était toujours au centre, la périphérie l’eût intéressé mais son don et sa vocation était d’amener au centre et d’en faire vivre et comprendre la force et la vérité, centre qui était partout et à toute heure et en tout être. Certainement pas philosophe. On eût dit un sage à la façon antique s’il n’avait été si présent, si disponible, si éloigné d’accepter d’être statufié. Il n’impressionnait pas par les éléments reconnus et habituels d’un prestige humain, il n’avait de titres qu’immédiats et à la démonstration desquels on assistait, participait. Ce qu’il examinait et voyait, c’était la vie. Oui, ce qui le définit le mieux, c’est qu’il était intensément vivant, moine vivant, religieux vivant, pédagogue vivant, ami vivant et prévenant. Ce qui parfois demande une formulation quand on regarde un autre ou qu’on l’évoque : la conscience qu’il peut avoir de soi, de ses capacités, de ses lacunes, se résolvait à son propos en ce que ces questions ne se posaient pas : précisément parce qu’il était vivant et qu’il n’y avait pas à le conformer, il n’était ni humble ni fier, il allait mais nullement seul, il accompagnait. Il accompagnait tout le monde, Dieu et le monde. Essentiellement ami, il était encore plus relation que personne et ce qu’il donnait était un meilleur, plus fort, plus chaleureux relationnement avec tout. Ce qu’il apportait, c’était une autre relation. Les scientifiques de la psyché savent depuis un grand siècle formuler que le bien-être et la normalité sont dans la relation, la relation à autrui, à la réalité. Lui, ce qu’il ajoutait décisivement, était qu’il n’y a pas de relation sans consentement, sans oui, sans fiat, et que c’est ce sursaut qui signifie et authentifie un accueil, donc une rencontre et qu’on ne connaît rien ni personne sans cette décisive ouverture qu’est l’acquiescement. De là, la louange, la joie, les heures monastiques, l’amitié qui est retour et fruit du consentement et de l’accueil.



avec un visage souriant - textes du jour

Dimanche 6 Novembre 2011



Prier… dans la nuit, je me souviens de toi et je reste des heures à te parler. Oui, tu es venu à mon secours : je crie de joie à l’ombre de tes ailes. [1] La parabole des bvierges folles et des vierges sages, la conclusion – fréquente dans les évangiles – pour la vigilance : Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure est connue. Le fait que le Royaume des cieux ne soit jamais présenté comme un lieu, mais le plus souvent comme le comportement d’une personne, soit souveraine dans l’épisode, soit nous représentant nous-mêmes. Je retiens le décisif : Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas. Ce n’est pas nous qui connaissons ou qui attestons de connaître… c’est nous qui sommes connus. Et appelés. Au milieu de la nuit, un cri se fit entendre : »Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre ». Ces repas de noces, le roi, l’époux sont évoqués, mais pas l’épouse… ici, les jeunes suivantes invitées à des noces, qui prirent leur lampe et allèrent à la rencontre de l’époux. Jésus, lui… prêt dans ce genre de rencontre, l’eau changée en vin à Cana. Appel universel : nous ne devancerons pas ceux qui se sont endormis. Au signal donné par la voix de l’archange, à l’appel de Dieu, le Seigneur lui-même descendra du ciel, et les morts unis au Christ ressusciteront d’abord. Ensuite, nous les vivants, nous qui sommes encore là… certes l’inimaginable, mais la situation : ceux qui se sont endormis de chair, d’âme, nous. Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube. Et je te salue, selon la grâce et la conscience que tu me donnes : au détour des sentiers, elle leur apparaît avec un visage souriant ; chaque fois qu’ils pensent à elle, elle vient à leur rencontre. La Sagesse de Dieu : celui qui la cherche dès l’aurore ne se fatiguera pas : il la trouvera assise à sa porte.



[1] - Sagesse VI 12 à 16 ; psaume LXIII ; 1ère lettre de Paul aux Thessaloniciens IV 13 à 18 ; évangile selon saint Matthieu XXV 1 à 13

samedi 5 novembre 2011

l'argent trompeur... quand il ne sera plus là - textes du jour

Samedi 5 Novembre 2011


Prier… [1] l’argent ni bon ni mauvais, mais attaché à notre forme actuelle d’existence et à nos relations entre nous tous. Jésus le qualifie d’argent trompeur, mais le valorise pourtant, il est un testpas tant de notre désintéressement ou de notre addiction. Test de gestion, d’échelle de valeurs. Mesure de capacité : être aussi performant que ceux qui limitent leur vie et leur capacité à l’argent. Si vous n’avez pas été dignes de confiance avec l’Argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable ? Et si vous n’avez pas été dignes de confiance pour des biens étrangers, le vôtre, qui vous le donnera ? La conclusion est l’habituel renversement de nos hiérrachies et de nos habitudes : ce qui est prestigieux chez les hommes est une chose abominable aux yeux de Dieu. Au fond, le Christ reconnaît une réalité existentielle, le rapport à l’argent, mais l’argent est une épreuve, le relationnement et le trésor ne sont pas là. Pour Paul énumérant ses amis, ceux qu’il convient de saluer de sa part à Rome, les relations sont fondées autrement : eux qui ont risqué leur tête pour me sauver la vie. Quant au trésor, oui, voilà le mystère qui est maintenant révélé : il était resté dans le silence depuis toujours, mais aujourd’hui il est manifesté. Ce prestige, auquel chaque génération est tant attaché, n’est pas celui qui tient à l’argent. Il n’y a de prestige que celui de Dieu : gloire à Dieu le seul sage, par Jésus-Christ… ils diront la gloire de ton règne… je redirai le récit de tes merveilles, ton éclat, ta gloire et ta splendeur. Prestige et avoir qui sont du domaine de l’être et aussi de l’action, pas de la possession : l’argent nous aveugle.

[1] - Paul aux Romains XVI 3 à 27 passim ; psaume CXLV ; évangile selon saint Luc XVI 9 à 15

vendredi 4 novembre 2011

se convertir ensuite à sa conversion - textes du jour

Vendredi 4 Novembre 2011

Prier… Claire… à la Procure, une biographie qui me semble « ratée », les premières biographies d’un saint, souvent décisives, celle de Benoît de Nursie par un futur pape… mais les écrits quand il y en a… j’irai quand même à ce livre. Le dépliant trouvé dans une église, il y a un an peut-être m’avait frappé, enchanté : une jeunesse dense et pourtant gaie. A la petite inconnue, je souhaite tout cela, la ronde à tous. Fête d’un géant, Charles Borromée, une des plus somptueuses et vraies églises baroques, en fait un chœur sans nef dont l’arrondi permet toute élévation pas seulement d’architecture mais de celui qui, entré, demeure étonné, sidéré au sens littéral [1]. Les leçons de vie, faits pour l’opulence ou pour la pauvreté ? la relation aux biens, tellement ressassée, applicable aussi à ceux de l’esprit, s’ils dispersent.Les saints fêtés aujourd’hui, grands de ce monde et… [2]. Sondage sur les grands de ce monde, nos… d’aujourd’hui, le plus puissant… réponse au temporel exclusivement qui dans pas cinq ans aura oublié OBAMA et HU JIN TAO, enterré MERKEL… comme DSK a disparu de la liste proposée. Les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de lumière [3]. Jésus a une « panoplie » de paraboles aussi étonnante par la diversité d’expériences professionnelles qu’elle suppose que sa connaissance des écrits fondateurs de son peuple, ce qui était appelé la Loi et les Prophètes… un auditoire que Paul qualifie bien : nous. Je suis convaincu, mes frères, que vous êtes très bien disposés, remplis d’une haute connaissance de Dieu, et capables aussi de vous reprendre les uns les autres. Quelle leçon du jour ? Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé parce qu’il gaspillait ses biens. Leçon contemporaine, ceux qui n’ont de métier que d’abuser consciemment ou inconsciemment… mutation des créances, technique proche de la titrisation qui a, entre autres, initié notre crise économique et financière telle qu’elle fut étiquetée « crise des subprimes » à l’automne de 2008. Ce gérant trompeur, le maître fit son éloge : effectivement il s’était montré habile. Jésus ne conclut pas sur le fond. Un enseignement qui montre, puis nous laisse juger. Ici, prier pour comprendre : mon chemin est certain mais comment marcher avec vigueur et pour arriver ? Ceux à qui on ne l’avait jamais annoncé, ils verront : ceux qui n’en avaient jamais entendu parler, ils comprendront. … [4] Le Seigneur a fait connaître sa victoire, et révélé sa justice aux nations.

Hier soir + La vie… lire, les circonstances, les rencontres, l’aventure qui se rêve et se regarde, lire, l’aventure qui se vit, le pari de soi sur soi et sur la vie. Je suis comblé. Cette question d’Europe en fin d’année 2011 prend une tournure passionnante, cela se terminera bien parce que tout devient révélateur et de plus en plus nettement. – Ouvert à quelques pages, au présentoir de la FNAC locale, les deux principaux prix littéraires. Je suis très agréablement surpris, la cuvée de cette année est bonne, le récit et l’écriture, chacun très sobre, très maîtrisé, intéressant à mon sens pour n’importe qui… donnant envie de lire (et pour moi, comme toujours, très explicitement dialoguant avec l’auteur, m’appropriant ce qu’il vit, envie d’écrire en « fiction », c’est-à-dire en généralisation d’une expérience personnelle soit de vie propre soit de regard factuel sur autrui). Le test, depuis mon adolescence, l’ouverture au hasard… c’est elle qui introduit et qui appâte le désir d’entrer et de rester. Renaudot [5] a sa force davantage dans le récit, dans la description de faits plutôt que des ambiances ou des sensations qu’au contraire le Goncourt [6]dit très bien. Il me semble accessoire que l’un et l’autre soient apparemment des sagas d’histoire contemporaines : l’ « Occident » français, l’aventure communiste qui a plus de hasard, celui des guerres, que de dialectique théologique. Moment de ce plaisir qui n’a ni date ni âge dans une vie humaine, découverte d’un livre puis durée dans un livre : à celle-ci, ayant mon chantier si urgent, je ne peux consentir tout de suite. Communion de désir… Le format et l’impression Gallimard sont connus, mais P.O.L. plus encore ce soir qu’antan est très agréable au toucher de la couverture et en police.
Auparavant, cherchant le fascicule de préparation à la première confession pour notre fille, tombé à la Procure sur deux des livres d’Albert ROUET, longtemps évêque de Poitiers, avec qui j’ai été en correspondance précise et chaleureuse. Je tombe enfin sur une analyse de l’œuvre d’un philosophe dont un neveu – l’un des rares à lire davantage que Marc LEVY – m’a appris le nom et la notoriété, sans pourtant que je puisse savoir qu’il est déjà mort. Je suis aussitôt saisi d’empathie : Muray est un penseur, il est philosophe, incontestablement ; mais mais c’est, et peut-être pour la première fois à ce point, une philosophie de la littérature qu’il fait naître, car les questions ontologiques ne sont pas posées et disparaissent derrière les questions qui font de l’homme un roman, un objet pour l’anthropologie stylistique qu’est l’art du roman. Ce qui chez Muray surgit de la décision de pensée, , c’est l’ouvertuer d’une littérature et d’un certain rapport à la littératu :; c’est une ohilosopohie dont la sagesse est la chronique et l’ensemble un roman au sens fort du terme. C’est une philosophie qui pose la littérature comme philosophie [7], j’acquiers le livre pour ces lignes. Je m’aperçois que je n’ai jamais su bien définir ce qu’est un penseur, et j’ai toujours expérimenté en moi cette césure : l’écriture me met à la remorque d’une inspiration qui n’est pas la pensée et qui a la force d’une chaîne à saisir sans pourtant que celle-ci s’empare totalement de nous, car nous pouvons la perdre, je prends l’image car l’inspiration est proche du physique, elle a son poids de réalité, de solidité, tandis que penser me vient sans que je puisse écrire ni transcrire, et toujours je reporte à plus tard le développement de ce qui m’a été inopinément donné. Peut-être l’écriture est-elle une pensée dominée, réussie ? mais elle est moins mienne que ce sortilège qui vient de moi mais que je ne sais saisir ni servir.

Ce matin + Voulant conclure mes achats-lecture d’hier, je prends Albert ROUET que j’avais acheté de confiance. J’ai donc commencé par la relation, je vois maintenant l’écrit : je n’ai pas été trompé. Je me suis longtemps occupé du catéchuménat pour adultes. J’y ai fait une découverte qui m’a beaucoup fait réfléchir. C’est que dans le fond, il existe deux conversions : la première conversion consiste à découvrir le Christ et l’Evangile. Dans cette conversin, le plus compliqué n’est pas la conversion de l’intelligence mais la conversion des images. La phrase de saint Augustin : « Dieu est un Dieu de l’ordre », j’aime mieux vous dire qu’elle traine encore beaucoup. Plein d’autres images, celle du juge, par exemple, pèsent sur les gens. Convertir ces images demande une grande attention dans le processus de conversion. Mais ce premier pas étant fait, il il faut se convertir ensuite de sa conversion. Parce que celui qui s’est converti est tellement boule, changé, par ce qu’il adécouvert qu’il a tendance à s’arrêter. Là, il y a un texte paulinien majeur à mes yeix : « Tendu de tout mon être en avant, oubliant le chemin parcouru, je tends vers le Christ » (Ph. III 13). Paul explique deux versets plus loin : « continuer dans la même voie » (Ph. III 14). C’est un infinitif, comme un mode d’emploi. Il faut continuer dans la même voie. Ce qu’on a à transmettre, c’est le désir de la marche, le feu du buisson ardent, le feu qui fait aller toujours plus loin. [8] Quand nous lisons, il faudrait que l’écrit échappe aux lois du langag, mais au contraire il le fige : il est son sépulcre, ais un sépulcre ouvert. Le langage est comme enfoui dans l’écrit. Il n’y a pas qu’un seul sens au mot. [9] … Je trouve donc un compagnon, me rencontrant exactement là où j’en suis. Questions de l’écriture, questions de la conversion radicale, n’être plus que recherche et attente, certitude et espérance, ce que je peux dire autrement : Dieu décisif et absolument nécessaire guide et compagnon d’un chemin qu’Il m’a donné et dont Il ne me donne qu’une seule indication, ce chemin aboutira, et à chaque instant il a déjà abouti. Je continue de tâtonner comme celui qui pour la première fois déshabile celle qui consent à se donner à lui, il ne fait pas même l’inventaire, il commence apparemment au hasard, mais mystérieusement guidé par l’indicible… Le chrétien, le pasteur maintenant [10]. Je suis convaincu que la foi a des exigences extrêmement précises sur la manière de se réunir, sur la manière d’être ensemble. Regardez ! Un simple détail : nous avions réduit la table eucharistique à la grille de communion. La table des retrouvailles avec le Christ est devenue la grille de séparation entre sacré et profane, entre clercs et laïcs. C’est fort ! Les églises qui n’avaient pas de sièges autrefois permettaient de faire des processions. Progressivement, on a mis des chaises, aujourd’hui fixées pour des raisons de sécurité. Nos églises ressemblent désormais à des salles de concert ou des salles de classe. On ne peut peut-être pas faire autrement au titre de la sécurité. Mais je voudrais qu’on réfléchisse à la signification même de ce que l’on fait. Je suis intimement convaincu que la Trinité est le cœur de la foi chrétienne et que vénérer ce Dieu qui est échange, égalité et relation, a des implications extrêmement directes sur la manière dont la foi doit être vécue. Ne pas prêter attention à cela, c’est favoriser des attitudes où dominent la soumission et une conception verticale de l’autorité. De ce fait, beaucoup de chrétiens ont la même relation à la Bible que les musulmans au Coran. On a des chrériens qui ont une relation au sacré analogue à celle d’un bouddhiste. On a des chrériens qui ont une relation à l’autorité analogue à celle d’un paysan tibétain envers le Dalaï-Lama. C’est-à-dire qu’on est fondamentalement déiste, et accessoirement chrétien. Parler d’expérience, j’écoute. Lire m’a toujours multiplié et fait partir, aller. Lire et prier, lire et communier vont de même. Regarder intérieurement qui m’aime, mon mouvement vers l’autre, aimé (ou simplement et fugitivement rencontré) me fait aller à l’inconnaissable, à Dieu, et je suis ainsi renvoyé à cette lecture-prière-vie qu’est celle des textes, mouvement de la messe quotidienne, auquel j’associe – inoubliable découverte, certes, de deux de mes amis musulmans, à quelques jours d’intervalle que j’entrevois, chacun, dans la solitude de ces chambres nues à peine tolérées par le sable, le désert et le dénuement, priant sans rien… inoubliable moment où mon vénéré Moktar Ould DADDAH, assis, vieilli et faible, mais retrouvant la « badia » à son retour de vingt-trois d’exil, regarde assis et moi à son épaule, les siens, dans un crépuscule encore très clair et tout vibrant de ce qui va changer dans l’air annonçant la nuit, les siens prier, levés, assis, prosternés. La prière chrétienne, celle qui m’est donnée. La foi n’isole pas, ni des autres, ni des fois censément autres. Prière qui ramène, pour moi de plus en plus à la question-réponse : qui était Jésus de Nazareth ?

[1] - Saint CHARLES BORROMÉE . Archevêque de Milan (1538-1584)
Saint Charles Borromée, né au sein de l'opulence et des grandeurs, devait être l'un des plus illustres pontifes de l'Église. Neveu du Pape Pie IV, Charles était cardinal avant l'âge de vingt-trois ans.
Après son élévation au sacerdoce, il fut promu à l'archevêché de Milan. Ce beau diocèse était alors dans une désorganisation complète : peuple, clergé, cloîtres, tout était à renouveler. Le pontife se mit à l'œuvre, mais donna d'abord l'exemple. Il mena dans son palais la vie d'un anachorète ; il en vint à ne prendre que du pain et de l'eau, une seule fois le jour ; ses austérités atteignirent une telle proportion, que le Pape dut exiger de sa part plus de modération dans la pénitence.
Il vendit ses meubles précieux, se débarrassa de ses pompeux ornements, employa tout ce qu'il avait de revenus à l'entretien des séminaires, des hôpitaux, des écoles, et au soulagement des pauvres et des mendiants. Son personnel était soumis à une règle sévère ; les heures de prières étaient marquées, et personne ne s'absentait alors sans permission. Les prêtres de son entourage, soumis à une discipline encore plus stricte, formaient une véritable communauté, qui donna à l'Église un cardinal et plus de vingt évêques.
L'archevêque transforma le service du culte dans sa cathédrale et y mit à la fois la régularité et la magnificence. Toutes les œuvres nécessaires furent fondées, et l'on vit apparaître partout un renouveau de vie chrétienne.
Ce ne fut pas sans de grandes épreuves. Saint Charles reçut un jour, un coup d'arquebuse, pendant qu'il présidait à la prière dans sa chapelle particulière ; le Saint continua la prière sans trouble.
On sait le dévouement qu'il montra pendant la peste de Milan. Il visitait toutes les maisons et les hôpitaux, et sauva la vie à soixante-dix mille malheureux. Les pieds nus et la corde au cou, le crucifix à la main, il s'offrit en holocauste. Il mourut sur la cendre à quarante-six ans


[2] - SAINT FÉLIX de VALOIS . Ermite et co-fondateur l'Ordre de la Trinité (1127-1212)
Saint Félix de Valois était petit-fils du roi de France Henri Ier. Sa mère, avant sa naissance, vit en songe un bel enfant armé d'une Croix et entendit une voix lui dire : « Cet enfant est le fils que vous allez mettre au monde, il aura la gloire de changer le lis de France pour la Croix de Jésus-Christ. » Pendant une famine, la nourrice du petit Félix eut l'inspiration de faire tracer à l'enfant, avec sa main, le signe de la Croix sur le pain que l'on distribuait aux pauvres, et ce pain se multiplia tellement, qu'on put en distribuer pendant plusieurs jours à tous les malheureux qui se présentaient. La nourrice lui fit aussitôt bénir les champs d'alentour, et les nuées du ciel, obéissant à la main de Félix, versèrent une pluie féconde qui ramena l'abondance. Le jeune prince croissait en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes, et ne montrant aucun des défauts de l'enfance. Il aimait tant à faire la charité aux pauvres, qu'un de ses oncles l'appelait son grand aumônier. Après ses études, qu'il fit à Clairvaux, sous la direction de saint Bernard, Félix dut aller à la cour du roi de France, prit part à la Croisade prêchée par le saint moine de Clairvaux, son maître ; puis, revenu à la cour, il la quitta bientôt pour se réfugier au désert. Dans la solitude, il sentit son esprit s'illuminer de clartés nouvelles et son âme redoubler de vaillance dans la pratique des vertus évangéliques. Le démon lui déclara une guerre acharnée ; mais le Saint triompha de lui par la prière et les plus effrayantes mortifications. Félix, ayant désormais pour palais une misérable grotte, pour vêtement un cilice, pour mets des herbes amères, renouvela dans sa retraite les merveilles des Antoine et des Hilarion. Par la permission de Dieu, tous les dimanches, un corbeau lui apportait un pain du Ciel. Il habitait le désert depuis bientôt quarante ans, quand saint Jean de Matha, de la part de Dieu, vint le trouver dans sa solitude, pour s'édifier par ses exemples. C'est alors que les deux Saints eurent la vision d'un cerf blanc, portant au front une croix bleue et rouge, et qui venait se désaltérer à la fontaine voisine. Dieu leur révéla l'explication de ce prodige ; ils se disposèrent aussitôt à partir pour Rome, afin d'obtenir la fondation d'un institut dont les religieux, vêtus de blanc, porteraient sur la poitrine une Croix bleue et rouge, et travailleraient au rachat des captifs, que les Turcs d'Afrique retenaient par milliers dans les fers. Le Pape Innocent III approuva le projet, l'Ordre fut fondé et produisit un bien immense.

[3] - Paul aux Romains XV 14 à 21 ; psaume XCVIII ; évangile selon saint Luc XVI 1 à 8

[4] - Isaïe LII 15 que cite l’Apôtre


[5] - Emmanuel Carrère, Limonoff ( P.O.L. . Août 2011 . 489 pages)
« Il se rappelle très bien l’instant d’avant » p. 460 … « La situation, c’est que je suis son biographe » p. 484 … « Finalement, il va chez Steva. Il a envie de baiser ou de tuer. Si elle est seule il la baise, si elle est avec Chourik il les tue. Pas de raison de se priver. Comme il est mineur, on ne le fusillera pas, il prendra juste quinze ans et les copains le considèreront comme un héros » p. 72

[6] - Alexandre Jenni, L’art français de la guerre (Gallimard . Juin & Septembre 2011 . 632 pages) … dernières lignes « Un fleuve rougi par l’incendie traversait doucement la ville. Le flot indifférent et interrompu le sauvait. J »ailmais que la Saône ressemble au sang, j’étais reconnaissant à Victor Salagon de m’avoir appris à le voir et à ne pas le craindre. Je le gonflais tout entier, mon membre également, j’étais plein et je venais en toi. Enfin, j’étais bien » … même dernière page, mais un peu plus haut … « Je te peignais toi qui me regardais, avec une encre qui lentement devenait plus grave ».

[7] - Maxence Caron, Philippe Muray, la femme et Dieu (Artège . Octobre 2011 . 153 pages), p. 35

[8] - Albert ROUET, J’aimerais vous dire (Bayard . Octobre 2009 . 342 pages …entretien avec Dennis GIRA), p. 69

[9] - ibid. p. 137

[10] - Albert ROUET, Vous avez fait de moi un évêque heureux ( éd. de l’Atelier . Février 2011 . 174 pages … entretien avec Eric Boone et Marc Taillebois), pp. 97-98

jeudi 3 novembre 2011

l'humilité est l'intelligence de l'intelligence (phrase retenue d'une retraitante à la Flatière) - textes du jour

Jeudi 3 Novembre 2011


Prier… [1] la gerbe des colères, des dépressions mais aussi du sourire et de la voix d’un enfant, sa logique à lui, ses calendriers, attentes et échéances, une intense bonne volonté mais aussi cette liberté encore vierge qui veut cohérence et réalisation de rêve. La légitimité, c’est cela. Soif de justice, certitude que seul le bonheur est normal. Chemin… aucun d’entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même. Paul ne continue pas comme on pourrait l’attendre : nous mourons pour les autres, nous vivons pour les autres. La réalité et le mouvement ne sont pas un altruisme intenable et endogamique. Dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur. L’apôtre conclut abruptement : chacun de nous devra rencdre compte à Dieu pour soi-même. L’évangile proposé en regard est celui des paraboles sur « l’utilité marginale » : si l’un de vous a cent brebis et en perd une… si une femme a dix pièces d’argent et en perd une… La conclusion n’est pas une affirmation mais une constatation, aussi naturelle que la recherche, naturelle la joie d’avoir retrouvé brebis ou drachme. Je reviens à Paul : pourquoi juger ton frère ? Toi, pourquoi mépriser ton frère ? Tous nous comparaîtrons devant le tribunal de Dieu. Et comprends, la recherche de la brebis ou de la drachme n’est pas notre fait, même si ce comportement est bien humain, il est celui de Dieu à notre recherche. Valorisation extrême de chacun non à raison d’un genre de vie égocentrique ou pas, mais parce que nous Lui appartenons, comme la brebis au berger, comme la pièce d’argent à la bonne dame, joie des voisins de l’une et de l’autre, mais joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. Je bute et trébuche, ne voit qu’un peu… prier. Appartenir à l’Autre par excellence, et pourtant être cherché de Lui, être désiré de Dieu car nous sommes libres. La liberté est notre seul titre de noblesse, elle fait notre devoir : la reconnaissance de notre responsabilité, mais dès notre mise en route nous sommes accompagnés, appelés. Ces troupeaux faisant duvet à flanc de montagne, solidaires et mouvants comme les nuages dont précisément les apparences sont celles du moutonnement. Tranquillité irrépressible de la vie quand elle a son chemin, son guide, joie de l’enfant qui donne la main, choisit son côté, veut porter le cartable trop lourd puis délègue… et s’échappe, grille ouverte de la cour.
*
[1] - Paul aux Romains XIV 7 à 12 ; psaume XXVII ; évangile selon saint Luc XV 1 à 10

mercredi 2 novembre 2011

celui qui est mort est affranchi du péché - textes du jour

Mercredi 2 Novembre 2011 ... commémoration des fidèles défunts



08 heures 40 + Vie conjugale, vie d’une vie, plusieurs décennies et tant… je ne comprends pas le viol, y compris la puissance physique et sexuelle qu’il suppose. Au contraire de toute prédation ou violence, le « sexe » est ultimement le signe du consentement, donc la joie intense de recevoir l’autre que j’aime et désire en totalité, qui s‘ouvre au secret décisif qu’est le partage, partage de l’attente, de la recherche, de la découverte, de la certitude, de l’éclat, des instants absolus, du repos et de la reconnaissance, partage du sourire, de l’émerveillement, que cela fut, que cela se puisse… Commémoration des fidèles défunts, comme l’on dit en livre de messe… chemin des saints, comment ils s’y sont pris pour parier à ce point, comment ils ont vécu l’addiction à Dieu, leur désir d’approfondir, d’appartenir, de connaître, chacun comme il était, doté comme il était, floraison de leur exemple, et certitude que nos plus proches, mieux connus par leur mort que par la contingence de toute vie humaine au jour le jour, sont encore davantage nos exemples. J’aime ces sillages de sainteté, de bonne volonté et d’une msière si propre à la transfiguration, à l’absolu. J’en vois tant qui viennent, vers qui je vais, nous allons, et dont je serai, mes aimées me rejoignant, connaissants les miens comme je connaîtrai les leurs. Prier… commencement.

15 heures 22 + Messe du matin en trinité à la paroisse, quatre hommes donbt l’organiste et moi, ma femme de très loin la cadette, un seul enfant : la nôtre. Par défaut, je lis l’épître et présente les burettes. La lecture mentale, des yeux ; l’audition d’une lecture par un autre ; la lecture à haute voix pour tous. Dans chaque cas, la parole, le texte résonnent si différemment. Ce matin, me saute au cœur ce sur quoi, probablement, je serai passé en courant, sans entendre ni voir, d’autant que ce que j’ai lu correspond est une proposition pour la messe des funérailles [1]et non le texte du jour, lui-même à options [2] : celui qui est mort est affranchi du péché. Affirmation fantastique et à approfondir, comme si la mort d’elle-même était un nouveau baptême auquel nous prépare et nous introduit le sacrement, mais aussi notre vie entière….Profusion des textes, richesse d’une pensée plusieurs fois millénaire partie de la sagesse quotidienne, celle de contemporains de l’Egypte pharaonique par exemple, mais déjà moralisante : même s’il meurt avant l’âge, le juste trouvera le repos. La mort présentée comme un retrait et déjà une libération : il a su plaire à Dieu, et Dieu l’a aimé ; il vivait dans ce monde pécheur : il en fut retiré. De cette première étape, les prophètes d’Israël passent de cette explication à l’énoncé d’une réalité de foi, en jouxtant au passage (le jour viendra où le Seigneur, Dieu de l’univers, préparera pour tous les peuples un festin sur sa montagne) la perception coranique. L’affirmation d’Isaïe (le proto-évangéliste) est déjà christique : il détruira la mort pour toujours. Mais comment ? réponse de Paul : si le Christ a connu la mort, puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur des morts et des vivants… ceux qui se sont endormis, Dieu, à cause de Jésus, les emmènera avec son Fils. Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur. Commentaire littéral de l’évangile : la volonté du Père qui m’a envoyé, c’est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite tous au dernier jour. – Notre recteur Michel LP commente brièvement. La fête de la Toussaint et ce jour… la communion des saints, une même famille, le pèlerinage terrestre, attente de la résurrection. Méditation sur le sens de notre vie et le témoignage que nous en donnons, de pélerins de la vie éternelle. Benoît XVI propose une année de méditation, de rajeunissement, d’approfondissement de la foi à nous réapproprier. Pas tellement pressés d’aller au ciel ? non, le plus tôt possible. Joie intense du curé d’Ars : « nous le verrons », larmes de joie accompagnant ce cri, le désir de voir Dieu, le désir du ciel, pas le désir de chercher le bonheur sur terre et de s’y installer. Certes, responsabiilité parentale dans la durée. Ce désir de voir Dieu, d’être dans la résurrection, approfondir le Credo. Croire à la communion des saints, croire en la vie éternelle, témoins d’espérance de la vie éternelle, surtout dans une époque des marasme et de désespérance. Vocation de pèlerin de la vie éternelle. Pour marcher, péleriner : se nourrir, Le Christ est bien une nourriture. Le Christ nous le dit, présence réelle qui dépose en notre âme, cœur, chair la semence d’éternité. Nous sommes faits pour la résurrection. « J’entre dans la vie », Thérèse de Lisieux.

[1] - Paul aux Romains VI 3 à 11

[2] - Sagesse IV 7 à 15 ou Isaïe XXV 6 à 9 ; psaume XXV ; Paul aux Romains XIV 7 à 12 passim ou Paul aux Thessaloniciens IV 13 à 18 ; évangile selon saint Jean VI 37 à 40 ou selon saint Matthieu XI 25 à 28

les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu - textes du jour

Mardi 1er Novembre 2011


Prier… fête de la Toussaint que nous ne pouvons honorer d’une participation à la messe ici, dix-onze heures de route en perspective. [1] J’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Bien sûr le hiératisme des chants, des habits et culte : en vêtements blancs, avec des palmes à la main, et ils proclamaient d’une voix forte. Je n’ai jamais imaginé la suite et de l’aboutissement de notre vie comme une station debout éternellement, à chanter… ce qui est suggéré est l’universalité, une relation heureuse et avouée à Dieu reconnu comme tel. Ce qui est précisé : Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau, est notre participation active à notre entrée dans la vie éternelle et le décisif ministère du Christ pour triompher de cette épreuve. Il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. La qualification johannique a son sens quand Jésus lui-même explique le recrutement de ces enfants, autrement dit les « Béatitudes » : les pauvres de cœur… les doux… ceux qui ont faim et soif de justice… les miséricordieux… les cœurs purs… les artisans de paix… ceux qui sont persécutés pour la justice… Et ce dont ils sont gratifiés, chacun et tous selon leur dénuement, leur attente, leur orientation profonde, est précisément cette vie éternelle…. dont les aspects nous sont suggérés par Celui-même qui répond de notre salut, quand Jésus vit toute la foule qui le suivait….

[1] - Apocalypse de Jean VII 2 à 14 ; psaume XXIV ; 1ère lettre de saint Jean III 1 à 3 ; évangile selon saint Matthieu V 1 à 12